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Encore une petite tranche ?

Publié le 13 février 2024 par Gee dans Tu sais quoi ?

Ça faisait longtemps que je voulais faire cette BD. Évidemment, je pense que je n'apprendrai rien à pas mal de gens, mais si ça peut servir de ressource à faire tourner en cas de besoin…

Encore un article qui oscille entre vulgarisation et politique, vous m'excuserez de ne pas trancher (héhé).

Encore une petite tranche ?

Quand ça parle d'impôt sur le revenu, vous avez peut-être déjà entendu de ce genre de chose :

Un riche, mécontent, s'exclame : « En France, on a vraiment un impôt confiscatoire ! Moi qui gagne assez bien ma vie, on me prend 50 % de ce que j-gagne ! On n'aime pas la réussite, dans ce pays. »

Ou même, de la part de personne non-nanties, ce genre-là :

Un prolo à moustache, en bleu de travail, qui dit : « Pfff, non mais de toute façon, si je suis promu, je vais y perdre. En augmentant de salaire, je vais passer une tranche d'imposition et donc gagner moins ! »

Dans les deux cas, on raconte en fait beaucoup de conneries.

Voici donc un petit topo sur le fonctionnement de l'impôt sur le revenu en France…

… à destination des pauvres qui s'inquiètent pour rien et des riches qui se foutent de notre gueule.

Le smiley : « Enfin pas vraiment des riches, plutôt des gens qui se font enfumer en écoutant leurs mensonges éhontés. »

L'impôt sur le revenu est progressif – plus on gagne, plus on paie – et est basé sur des tranches d'imposition.

Gee en train de dessiner : « Au moment où j'écris cette BD, il y a 5 tranches, de 0 % à 45 %. Plus une contribution de 4 % maximum pour les plus hauts revenus. » Le riche s'énerve : « AH ! Donc vous voyez, les hauts revenus, on est quasiment à 50 % ! J'l'avais dit ! » Gee : « Minute, mon bichon. »

Une « tranche » d'imposition, c'est une partie de votre revenu sur laquelle s'applique un certain taux.

Gee, devant un tableau des tranches : « Prenons les deux premières tranches. Jusqu'à 11 294 € net imposable annuel, vous ne payez pas d'impôt, le taux est à 0 €. De 11 295 € à 28 797 €, le taux est de 11 %*. La question qui tue, c'est : quel est le taux d'imposition d'une personne qui touche 15 000 € net par an ? » Un mec lambda : « Beeeen, 11 %, non ? Tu viens de le dire. »

Voir le site du gouvernement. Par simplicité, toute la BD se base sur une personne seule. Selon la composition du foyer, le revenu doit être divisé par le nombre de parts, mais prenons le cas le plus simple.

Eh bien non !

Car on ne parle pas du taux d'imposition du revenu total, mais de la tranche ! Il faut donc diviser le revenu par tranches

Gee montre un graphique : « Si je gagne 15 000 €, je suis concerné par les deux premières tranches… Sur mes 11 294 €, je ne paie aucun impôt, puisqu'ils appartiennent à la première tranche. Sur les 3 706 € qui restent, je paie effectivement 11 %, soit 408 €. » Le mec lambda, en train de calculer : « Aaaah, donc 408 € sur 15 000 €… j'ai un taux moyen de 2,7 %, c'est ça ? » Gee : « Tout juste, Auguste. »

Il n'y a donc pas de « saut » lorsqu'on passe une tranche : si on a une augmentation de salaire de 1 000 € par mois et que ces 1 000 € nous font passer dans la tranche à 30 %, on paiera certes plus d'impôts sur cette augmentation, mais on y gagnera quand même.

En supposant que l'intégralité des 1 000 € se trouve dans la nouvelle tranche à 30 %, le taux sur la partie qu'on touchait avant ne change pas, et l'augmentation de salaire réelle (après impôt) sera donc de 700 €.

On voit un cas où le salaire a toutes les tranches, à 200 000 €, mais avec un taux moyen, quand on rassemble toutes les tranches, de « seulement » 33,57 %. Gee explique : « Quelqu'un qui a atteint la dernière tranche conservera toujours une part moins imposée. Ce qui fait que le taux de la dernière tranche n'est jamais atteint mais agit comme une limite haute. »

Gee devant un graphique : « Si on regarde la courbe du taux d'imposition réel avec les tranches actuelles en France, ça donne quelque chose comme ça. » On voit que la courbe monte assez vite au début mais se tasse petit à petit pour tendre vers 45 % après 800 000 € par an.

Plusieurs remarques importantes sur ce graphique.

Le salaire médian net annuel en France est d'environs 26 000 €.

Gee montre sur le graphique : « Un salaire qui correspond à un taux d'imposition de 6,2 %. On a donc la moitié de la population active qui se situe dans cette toute petite zone à gauche. Et l'autre moitié à droite, bien sûr. » Le smiley : « Les riches vous diront qu'ils paient pour tout le monde ; les pauvres remarqueront qu'il y a quand même beaucoup de monde tassé dans les bas salaires… »

Seuls 10 % des salaires dépassent 50 000 € par an.

Gee montre à nouveau : « 90 % de la population française paie donc moins de 16,6 % d'impôt sur le revenu. » Le smiley, stupéfait : « VRAIMENT beaucoup de monde ! »

Pour payer plus de 40 % d'impôts, il faut toucher plus de 380 000 € par an.

Gee : « Si vous n'avez pas l'habitude de compter en années, ça fait quand même plus de 31 000 € net PAR MOIS. C'est-à-dire qu'il vous reste, après imposition, 19 000 € pour vivre, soit plus de 9 fois le salaire médian après imposition. Vous m'excuserez si je ne verse pas une larmiche tout de suite. » Le smiley : « Et pour dépasser les 45 %, faut déjà palper 60 000 € par mois. Tranquille. »

Alors là, j'entends déjà les Jean-Michel Onémpalérich-Danspéhi venir chougner :

Jean-Michel chougne : « Ouuiiii-euuuh mais peu importe le montaaaant-eeuhh, c'est confiscatouwareeuuuuh, c'est notre aargeeeent, quand même, 45 % c'est-uneuuh honteeeuh ! » Le smiley : « C'est une représentation à peine exagérée de ce genre d'énergumène. »

Oui, alors si on veut discuter sur des bonnes bases de la légitimité de la redistribution (ou répartition secondaire), il faudrait déjà commencer par parler de celle de la répartition primaire.

Gee : « Vous savez Jean-Michel, personnellement je ne pense pas que des écarts de salaire aussi élevés devraient exister. Chiche, on décide démocratiquement des salaires ? Après, on sera plus sereins pour discuter impôts. » Jean-Michel pète un câble : « Que… kouwa ?! Ke… ke…  KOMMUNISTE ! »

Et je parle même pas des « revenus du patrimoine » – terme élégant pour désigner la ponction de la richesse d'autrui via la propriété privée : pour ça, je vous renvoie à mon texte Qu'est-ce qu'un riche ?

Évidemment, on me répliquera que je ne considère que l'impôt sur le revenu, et que si on ajoute les autres contributions obligatoires, on peut dépasser les 50 %.

Gee : « Sauf que là encore, ce sont les pauvres les plus touchés, avec notamment la TVA qui est la même pour tout le monde et pèse mécaniquement plus sur les bas salaires avec les dépenses incompressibles… » La Geekette confirme : « Exactement, et les riches théoriquement plus imposés sont aussi ceux qui ont le plus de moyen pour échapper à l'impôt… et qui ne s'en privent pas. On reparle des Panama Papers, des Swiss Leaks, et cie ? »

Bref.

Quand quelqu'un se plaint de payer 50 % d'impôts sur le revenu…

Rappelez-vous qu'il parle d'un revenu mensuel à 5 chiffres minimum.

Et qu'on est déjà bien sympas de ne pas lui ajouter une tranche à 75 %.

Le smiley, pensif : « Tiens, y'avait pas un candidat à la présidence qui avait proposé ça y'a quelques années ? Un certain… Francis Pays-Bas ? Ou un truc du genre ? Tu me diras, un énorme gauchiste comme ça, il a pas dû être élu… » Note : BD sous licence CC BY SA (grisebouille.net), dessinée le 12 février 2024 par Gee.

Publié le 13 février 2024 par Gee dans Tu sais quoi ?

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