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Que faire du temps qui nous est imparti

Publié le 25 avril 2022 par Gee dans La fourche

Alors voilà. C'est arrivé. Encore.

Nous avons évité le péril de l'extrême droite, mais avec une marge toujours plus réduite, et de fait les réjouissances devraient se faire modestes. Je ne vais même pas commenter ce que je pense d'un nouveau quinquennat Macron. Je pourrais réécrire mot pour mot l'article que j'avais publié après le second tour en 2017 tant rien n'a changé ou presque, et le peu l'ayant fait ayant plutôt empiré.

J'avais exprimé mon sentiment en des mots relativement simples au soir du premier tour, il y a deux semaines :

Je suis fatigué putain…

Oui, je suis immensément, profondément fatigué. Je ne dois pas être le seul. Je pense que nous ressentons toutes et tous cette fatigue. Fatigue de la fatalité, de l'impuissance, partout, tout le temps.

Impuissance face à un duel Macron-Le Pen annoncé de longue date en 2017 et que nous n'avions pu éviter. Impuissance face à l'exact même scénario cinq ans plus tard, malgré tous les appels, toutes les tentatives, toute l'énergie mise à tenter de conjurer le sort. Impuissance qui n'est que la dernière d'une énorme série.

Impuissance déjà face à une crise sanitaire et à sa gestion qui aura illustré toutes les variantes de l'adjectif « désastreux ».

Impuissance ensuite face à l'horreur d'une nouvelle guerre en Europe qui, comme le notait Paul Valéry, est encore et toujours un « massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent et ne se massacrent pas ».

Impuissance, toujours, face à une catastrophe climatique mainte fois annoncée et jamais prise au sérieux par les puissances politiques. Le GIEC dit que nous avons trois ans pour réduire nos émissions de CO2, mais ne retenez pas votre souffle, il n'y a aucun suspense : les émissions ne baisseront pas. Pas en trois ans, pas en cinq, pas en dix. Pas en France, ni ailleurs. C'est le pire scénario qui arrivera, et c'est celui auquel il faut nous préparer. Maintenant. Pas dans trois ans, pas dans cinq, pas dans…

Bref.

C'est cet empilement d'impuissances terribles qui épuise aujourd'hui nos forces. Le constat est glacial et il devrait suffire à plonger n'importe quelle personne à peu près sensée dans une profonde détresse. Un constat sans doute partagé par tous les êtres humains au fil des siècles : nous sommes collectivement pris dans des forces et des puissances qui nous dépassent, et notre capacité à avoir prise sur la marche du monde et les décisions qui l'impactent est quasi-nulle.

Face à ce constat, la tentation serait grande de faire l'autruche : mettre la tête dans le sable, en attendant que l'orage passe. À supposer que l'orage passe. Comment faire pour avoir de l'espoir, pour garder une forme de gnaque, continuer de lutter pour nos droits et notre avenir, ne pas sombrer dans la sinistrose en des temps pourtant si sinistres ? Sans tomber dans le piège du « petit geste personnel » qu'on sait si inefficace et dépolitisant, tout en ne se berçant pas d'illusions sur ce qui est effectivement à portée de nos combats collectifs ?

Ça va sans doute paraître puéril à certaines personnes, mais peu importe, après tout chacun ses références… Moi, dans tout ce merdier, ce qui arrive à me remettre un peu de baume au cœur, un peu de volonté de relever la tête, c'est une citation — ou plutôt un dialogue — du Seigneur des Anneaux de Tolkien :

« J’aurais voulu que cela n’ait pas à arriver de mon temps », dit Frodo1.

« Moi aussi, dit Gandalf, et il en va de même pour tous ceux qui vivent en de pareils temps. Mais il ne leur appartient pas de décider. Tout ce qu’il nous appartient de décider, c’est ce que nous comptons faire du temps qui nous est imparti. »


  1. Un détail, mais il s'agit de la nouvelle traduction, d'où l'usage de Frodo (comme en VO) et non Frodon. 

Catégorie « La fourche »

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