Une Auberge dans la tempête 01

Une Auberge dans la tempête 01

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Voici donc l’annonce du jour : je participe au NaNoWriMo 2021 !

Pour les gens qui ignorent ce qu’est le NaNoWriMo, il s’agit du National Novel Writing Month, le « mois national de l’écriture de roman », un événement d’origine états-unienne mais qui n’a plus grand-chose de « national » depuis longtemps et qui consiste à se lancer le défi d’écrire un roman complet de 50000 mots minimum pendant le seul mois de novembre.

L’événement me tentait depuis longtemps, probablement depuis que le camarade Pouhiou avait passé quelques jours, il y a déjà 8 ans, dans ma coloc’ de l’époque pour y terminer son tome 3 des NoéNautes (ça nous rajeunit pas tout ça). Quel meilleur moment pour s’y mettre que l’tannée où je deviens officiellement auteur à 100 % ?

Cela fait pas mal de temps que je butte sur l’écriture de roman : depuis mon demi-échec avec l’abandon d’Apérocalypse, j’ai du mal à m’y remettre, et pourtant c’est pas les idées qui manquent. Sauf que c’est pas le tout d’avoir des idées, faut-il encore les réaliser… Ce sera donc un des scénarios que j’ai de côté depuis quelque temps que je vais écrire. J’ai déjà une trame générale et une fin cool en tête, les personnages et quelques péripéties, mais le reste, je le découvrirai au fur et à mesure. Ce sera un livre mélangeant suspense et humour dans un univers plutôt réaliste.

50 000 mots, ça reste un roman court (Working Class Heroic Fantasy, mon premier, en fait plus du double), mais ça représente quand même près de 1700 mots à écrire par jour au minimum, et c’est pas rien.

Pour corser un peu les choses, le roman sera publié en quasi-direct sur le blog, avec un chapitre par jour pendant 30 jours donc. Une contrainte supplémentaire, puisque cela signifie que je ne peux pas revenir en arrière et modifier un chapitre du début pour ajouter un détail qui me servira à la fin…

Le défi est de taille, mais je suis confiant : encore une fois, c’est le meilleur contexte dont je pouvais rêver pour faire ça.

J’espère que vous apprécierez de suivre cette aventure autant que moi de l’écrire. On part pour un mois de marathon d’écriture sur Grise Bouille, je ne sais pas si je publierai aussi des BD pendant cette période, si je trouverai le temps, l’énergie, etc. J’aimerais bien continuer à avancer sur Superflu Riteurnz aussi, et les journées ne font que 24 heures. On verra bien, je ne m’interdis rien.

Bref, sans plus attendre, voici donc le premier des 30 chapitres à venir de Une Auberge dans la tempête, mon romain du NaNoWriMo 2021.

Source de l’image de couverture : 160529-lightning-storm.jpg (CC-BY r. niai bradshaw)

Chapitre 1

— Plouf ! fit le téléphone.

Le bruit du tonnerre couvrit le juron qui s’ensuivit. C’était sa propriétaire, Nathalie, une femme d’un peu moins de quarante ans, qui l’avait poussé. D’une main rageuse, elle extirpa le téléphone de la flaque de gadoue où il avait atterri.

Perdue au beau milieu d’une dense forêt qui essuyait un orage d’une rare intensité, elle ne laissa à son déni qu’une poignée de secondes pour s’exprimer : elle appuya sur le bouton d’allumage, tapota l’écran de l’appareil, l’essuya, le secoua, le frappa, tenta à nouveau le bouton d’allumage avec une pression longue, une double pression, une triple pression – garçon, la même chose. Puis, décidant rapidement que le temps n’était pas à la négociation avec les desseins insondables des dieux de l’électronique, elle accepta l’inévitable et pensa : il a passé l’ARM à gauche. Une blague d’informaticienne dont l’humour la surprit elle-même, étant donné la situation.

Elle émit un bruit à mi-chemin entre le râle et le rugissement et fourra le téléphone grillé dans la poche de son anorak. Les éléments se liguaient contre elle : météo désastreuse, forêt trop dense, tente Quechua trop lourde dans le dos… et maintenant, électronique pas étanche. Certes, pour ce qui était de ne pas être étanche, elle était mal placée pour juger : passé un certain stade de déluge, les éléments se brouillent, et il devient compliqué de déterminer où termine la randonneuse et où commencent les trombes d’eau. Il paraît que le corps humain est composé à soixante pourcents d’eau : ce jour-là en tout cas, l’eau était composée d’une part assez négligeable de randonneuse.

Rien de tel qu’une catastrophe naturelle pour calmer les excès d’ego, et en termes de remise en question existentielle, Nathalie était servie. Non pas que l’orage en question eut été une si grande catastrophe… Elle aurait presque parié que, dans le coin, la météo dansait ce genre de rock acrobatique relativement souvent, étant donné que les services de la région n’avaient même pas pris soin d’annoncer le boxon. Si elle avait su, elle n’aurait pas été se fourrer dans ce trou… Le pire, dans cette histoire, c’est que même au moment où les premières gouttes étaient tombées, son téléphone continuait d’indiquer que le temps serait « chaud et sec » jusqu’au soir, avec un ciel dégagé. Naïve, elle lui avait fait confiance…

Eh bah il est noyé, maintenant, ce con, il est content ?

Après avoir écarté quelques mèches de ses courts cheveux châtains qui lui collaient au visage, elle jeta un œil aux alentours pour tenter de discerner quelque chose. La forêt lui avait semblé beaucoup plus accueillante lorsqu’elle était ensoleillée, quelques minutes à peine auparavant. Cela faisait plusieurs jours qu’elle avait commencé son escapade en rase campagne, loin de l’agitation de la ville et de son boulot qu’elle avait joyeusement envoyé valser, un beau matin où l’ennui inhérent au job de bureau sans intérêt était devenu trop insupportable. Afin de se purger brutalement de cette vie confortable mais aliénante, elle s’était lancée dans un trek sans but et sans parcours défini, à travers les chemins de randonnée, les routes de campagnes, les champs, les bois et les villages. Pour elle qui avait autant d’appétence pour les activités sportives qu’un enfant pour les brocolis, le défi était de taille, mais jusque-là, l’expérience avait été charmante. Jusqu’à la dernière nuit qu’elle avait tranquillement passée aux abords du bois, avec une vue dégagée sur une plaine garnie d’éoliennes. Pleine d’entrain, elle s’était réveillée avec l’idée de traverser le bois en question.

À présent, le ciel boursouflé de nuages d’un gris presque noir ne cessait de se zébrer d’arcs blancs. En ajoutant à cela la pluie aussi dense que les chutes du Niagara et les grondements du tonnerre, l’ambiance était rapidement passée de « bucolique » à « cataclysmique ».

Impossible d’y voir à plus à cinq mètres devant elle. On n’y voit goutte, pensa-t-elle en se surprenant à nouveau de ses propres accès d’humour. C’était sans doute le désespoir qui la faisait délirer. De toute façon, elle se doutait qu’il n’y avait rien à voir : pour ce qu’elle en savait, le village le plus proche était à des kilomètres. Sa meilleure chance, dans l’immédiat, était de trouver un refuge : n’importe quoi, cabane dans les bois, maison abandonnée, abribus… au point où elle en était, même un frigo abandonné dans un dépotoir sauvage aurait fait l’affaire. Encore que c’était un coup à attirer la foudre…

Bien sûr, elle avait emporté une carte, elle n’était tout de même pas si bête… Une belle carte numérique avec guidage GPS, le tout embarqué dans un smartphone dernier cri dont la carcasse détrempée et sans vie gisait à présent au fond de sa poche. De là à dire qu’elle était perdue, il n’y avait qu’un pas qu’elle-même se refusait à franchir.

Elle n’était que presque perdue. Et donc, elle savait quasiment où elle était. Quasiment. Enfin presque. Enfin bon. Elle en savait assez sur sa situation pour savoir qu’elle n’était pas brillante, c’était un bon début.

La cerise moisie sur l’énorme gâteau d’emmerdements qu’elle dégustait depuis plusieurs heures, c’était que la nuit n’allait pas tarder à tomber. Certes, par rapport à la luminosité ambiante offerte par l’orage, la différence ne promettait pas d’être renversante, mais ça restait une source d’inquiétude supplémentaire. À l’origine, son plan pour la journée avait été de se trouver une petite clairière pour poser sa tente et passer une nuit tranquille au milieu de nulle part. Évidemment, vu la tournure des événements, il n’y avait guère que sur le lieu qu’elle ne s’était pas trompée…

Tu voulais voir du pays, tu voulais sentir l’air frais de la campagne ? Eh bah voilà. T’es servie. C’est beau, hein ? Ah là c’est sûr, fait frais.

Elle accéléra l’allure en faisant son possible pour ne pas trébucher sur les racines qui se devinaient de plus en plus difficilement à travers la bouillasse de feuilles et de terre qui dévalait sur le sol. Au bout de plusieurs minutes – elle ignorait si elle prenait ses désirs pour la réalité –, il lui sembla que la forêt se faisait moins dense. Le vague chemin qu’elle suivait s’élargissait et se séparait un peu plus nettement de la végétation.

BBAAAOUUUUUMM !

L’atmosphère devint blanche une fraction de seconde à l’instant précis où l’explosion retentit en faisant trembler le sol. Punaise, il est pas tombé loin, celui-là ! Nathalie serra au maximum les sangles de son sac-à-dos et se mit à courir pour de bon.

Si tu te pètes pas une jambe, de toute façon, c’est foudroyée ou écrasée par un arbre que tu vas finir, ma grande, alors autant y aller.

Des branches lui éraflaient le visage à chaque foulée, la sueur se mêlait à la pluie sous son anorak, les sangles de son sac-à-dos lui lacéraient les épaules, elle soufflait comme un bœuf, courrait, enjambait les buissons, sautillait sur les racines. Elle trébuchait parfois, mais tenait bon. Fluctuat nec vianditur. Comme un retour de karma, au moment où cet énième trait d’esprit lui vint, son pied traversa une crevasse entre deux racines, elle agita les bras en vain, fit une embardée avec la grâce d’un pochetron en sortie de boîte de nuit et termina la figure par un atterrissage les quatre fers en l’air. Enfin, un atterrissage… « plongeon » eut été un terme plus adapté. Un plongeon dans une piscine sacrément mal entretenue, dont elle émergea en crachotant une peu de boue.

Raffinés, les mets de ce pays.

Un peu sonnée, elle releva la tête et constata avec une certaine fatalité qu’en termes de trempage, elle avait passé un cap : ce n’était plus l’eau qui ruisselait sur son anorak, c’était son anorak qui ruisselait dans l’eau. Dans les causes probables de décès imminent, elle ajouta « hypothermie » dans sa tête et se fit violence pour se relever.

Un cri de douleur qu’aucune âme à la ronde ne put entendre lui échappa : un élancement dans la cheville lui indiquait assez clairement qu’elle venait de se faire une belle entorse. Malgré tout, une montée d’adrénaline atténuant temporairement la douleur, elle repartit. Avec son léger boitement et son maquillage intégral à la gadoue, elle faisait peur à voir. Si ça peut diminuer mes risques de finir bouffée par un ours, après tout…

BBAAAOUUUUUMM ! Bis repetita.

Celui-ci était tombé tellement près que pour un peu, elle aurait juré sentir l’odeur du bois brûlé. Néanmoins, une lueur d’espoir avait accompagné cette nouvelle explosion : l’éclair avait fait comme un coup de projecteur, bref mais suffisant, sur quatre grandes ailes noires découpées sur le ciel clignotant de blanc.

Un moulin. Elle était sauvée. Enfin, s’il était ouvert. Et à moins qu’elle ne se fît foudroyer sur les trois-cent mètres la séparant de l’édifice… Là, ce serait vraiment pas de bol.

Tandis qu’elle progressait vers le moulin, un chemin se révéla sous ses pieds : il était impossible de s’y tromper, la boue ne lui arrivant désormais qu’à mi-chaussure. Elle suivit tant bien que mal le tracé dont elle devinait qu’il menait au refuge inespéré. À mesure qu’elle s’en approchait, elle se rendit compte qu’il ne s’agissait pas d’un simple moulin mais d’un véritable corps de ferme. Sans prendre le temps de faire un inventaire détaillé, elle aperçut plusieurs bâtiments, granges et remises. Arrivée sur le domaine, cette maudite forêt enfin derrière elle, elle remarqua que le plus imposant de ces bâtiments – une sorte de longue maison sur deux étages, sans compter le rez-de-chaussée – était habité : de la lumière filtrait à travers plusieurs des fenêtres crasseuses.

Alléluia. Les derniers risques de trouver porte close se dissipaient. L’adrénaline aussi, sous l’effet du soulagement, et la douleur de son entorse se rappela à son bon souvenir. Grognant à chaque secousse, elle sautilla pour se mettre à l’abri, jusqu’au porche qui protégeait l’entrée du bâtiment, une grande double-porte vitrée en damier façon bistrot. Derrière une plaque en verre posée sur un mur étaient listés des tarifs de consommation. Au-dessus de la porte, un panneau en bois indiquait :

Auberge du Moulin Électrique

Elle tourna la poignée et entra.

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Bilan

  • Avancement théorique : 3%, soit 1667 mots
  • Avancement réel : 4%, soit 1798 mots
  • En avance de 131 mots


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