Annonce : retrouvez-moi ce dimanche à 17h00 au Festival du Livre de Paris pour une séance de dédicaces de mon roman Sortilèges & Syndicats !

Oui, le travail disparaît

Publié le 27 janvier 2017 par Gee dans La fourche
Inclus dans le livre Grise Bouille, Tome III

Je m’intéresse assez peu aux primaires des différents partis (le fait qu’elles soient peu intéressantes doit jouer, je ne sais pas). Par contre j’en entends parfois quelques échos. Cette année, par exemple, il semble que certains tentent enfin timidement de s’attaquer à ce problème qu’est l’aliénation à l’emploi (savamment renommée « valeur travail » dans les hautes sphères). Bon, très timidement, hein. Et puis pas d’inquiétude, les chiens de garde sont toujours là pour maintenir l’ordre établi.

Mais puisque pour une fois, on parle de quelque chose qui a un peu de sens, allons-y.

Oui, le travail disparaît

Hier, lors d'un énième débat d'un énième parti de droite, un individu que je préfère ne pas identifier a soutenu la position suivante :

Manuel Valls avec un bandeau noir sur les yeux parle dans un micro : « Je ne crois pas à la disparition du travail. »

Une position visiblement défendue par la majorité des éditorialistes présents enracinés là depuis 30 ans.

Je précise d'emblée que je n'ai aucune sympathie ni pour cette personne ni pour le candidat d'en face, ni pour les autres partis – ni même pour le système dit « représentatif » basé sur le vote, pour ce que ça vaut.

Gee, avec un t-shirt « Ni Dieu Ni Maître », prévient : « Oui, ce message s'adresse à toi, cher militant du « Rassemblement pour Mon Trou du Cul » ou du « Mouvement pour Mes Couilles » qui frétille derrière ton clavier.  Pas la peine de m'envoyer des messages pour me dire de lire le programme de tel ou tel candidat et que quand- même-lui-il-est-moins- pire-que-les-autres, ça ne m'intéresse pas. »

Cette précision étant faite, je trouve ça fabuleux que des types encravatés, diplômés et tout, se demandent si peut-être, dans un avenir lointain, le travail va disparaître à cause de l'automatisation des tâches.

Alors que ça fait juste des décennies que ça a commencé.

Un politicien : « Nous sommes en 2017, il faudrait qu'on lance un groupe de discussion sur la révolution numérique. » Une citoyenne : « C'est bien, les gars. Dans 20 ans, on lancera une discussion sur les pics de pollution ? »

Les ouvriers qui ont vu leur chaîne de production remplacée par une machine sont heureux d'apprendre que le travail ne disparaît pas.

Le même politicien transpire et fait de grands gestes pour essayer de se justifier : « Mais non, voyons !  Le travail change, c'est tout ! Les compétences nécessaires ne sont plus les mêmes ! » Un ouvrier un peu blasé répond : « Certes, m'enfin remplacer 50 ouvriers par 2 agents de maintenance, si c'est pas de la disparition, c'est drôlement bien imité… »

Les équipes comptables réduites à un type qui a juste à gérer un logiciel de compta sont heureuses d'apprendre que le travail ne disparaît pas.

Une image séparée en deux. À gauche, « avant », on voit une large équipe avec une femme qui tient un livre de comptes à la main et qui s'exclame : « On y a passé la semaine, mais c'est bon ! On a terminé d'unifier les bilans comptables des 150 branches de la firme ! » À droite, « maintenant », on voit une femme toute seule derrière un PC qui appuie sur la sourie qui fait « clic ».

Les caissières remplacées par des caisses automatiques qui ne requièrent qu'un surveillant pour six caisses sont heureuses d'apprendre que le travail ne disparaît pas.

Un mec essaie de payer à une caisse automatique dans un supermarché. La caisse dit : « Attention ! Problème de contrôle ! Êtes-vous sûr d'avoir déposé le bon article ? » Une caissière blasée arrive en courant et en disant : « J'arriiiiive… » Elle pense : « Je vais la DÉFONCER, cette machine… »

Le truc, c'est que pour l'instant, l'automatisation détruit surtout le travail des classes populaires (ouvriers en première ligne).

Du coup, il n'y a rien d'étonnant à ce que les apparatchiks des partis politiques et des médias ne s'en rendent même pas compte.

Le politicien lève la main d'un air inintéressé : « Les classes populaires, ces ploucs ? Boh, de toute façon maintenant ils votent FN, on n'va quand même pas s'en préoccuper… » Gee, énervé : « Justement, tu voudrais pas te demander 2 secondes pourquoi ils votent FN, abruti ? »

Mais ça, ça va vite cesser d'être le cas. Déjà, un exemple concret : tous les secteurs touchant aux transports routiers sont menacés par les véhicules automatiques (et ça en fait, du monde).

Un routier au volant de son véhicule déclare, très confiant : « Non mais un robot ne pourra jamais être aussi réactif et sûr qu'un être humain pour la conduite. Ou alors la technique sera au point dans 50 ans… » Un robot le regarde avec compassion : « Ooooh, c'est mignoooon… Cet auto-aveuglement, c'est fascinant. »

À terme, les métiers non-manuels sont aussi menacés. Même les métiers créatifs.

On fait déjà des programmes qui savent écrire des symphonies…

Une affiche sur un mur présente « Death to All Humans, Un opéra de Intel i23 interprété par CR78 et l'Orchestre Philharmonique de Villeneuve-sur-Bot ». Une femme regarde sur son téléphone et dit : « Il a 3 clefs dans Télérama. »

Et le pire dans tout ça, c'est que c'est exactement ce qu'on essaie de faire ! Même les secteurs qui ne sont pas directement détruits par des robots nécessitent moins de monde simplement parce qu'avec la technique, on augmente la productivité et donc on réduit la force de travail nécessaire !

Le Geek précise en souriant : « Et c'est vachement bien !  À partir du moment où il n'y a pas que les propriétaires des machines qui en récoltent les fruits*… » Un propriétaire allongé sur une chaise longue avec un cocktail à la main dit : « Euuh… de quoi ? »

Oui, je sais, j'ai dit la même chose dans Panique algorithmique.

Oui, c'est-à-dire qu'à un moment donné, il va falloir avoir une conversation pas très agréable sur ce truc qui s'appelle le partage des richesses.

Le propriétaire sur sa chaise longue devient soudain enragé et, tremblant, hurle, avec la bave aux lèvres : « AAAHHH !! NIAAAAN !! ASSISTANAAAT !!  GRAAAOOUU PRESSSIOOON FISCAAAALLE !!!  RRRHHH RAAACISME ANTI-RIIIICHEESS !!! » Le Geek, blasé : « Ça marche toujours, ce numéro ? » La Geekette, les yeux au ciel : « Hélas… »

Des idées pour que la raréfaction du travail cesse de générer une concentration des richesses dans des poches de moins en moins nombreuses, il y en a : la réduction du temps de travail, le revenu universel, le salaire à vie, etc.

On ne sait pas si elles marcheront, par contre on sait avec de plus en plus de certitude que le système actuel ne marche pas.

Un mec lambda derrière son PC commence un petit monologue : « Hé mais Gee, justement, laisse-moi te parler du programme de ce super candidat qui défend le revenu univ… » Gee sort littéralement du PC d'un air mauvais en faisant : « Grrrrhh… » Le mec lambda dit : « Euuh non rien… »

Dans tous les cas, imaginer que peu importent les avancées techniques, on pourra constamment faire travailler 90 % de la population active à 40 heures par semaine (et à en foutre plein la gueule aux 10 % qui restent au passage), ce n'est pas juste pas souhaitable, c'est aussi idiot.

Et que les types qui imaginent ça soient présentés comme les candidats « réalistes », ça en dit long.

Un politicien, paniqué : « Mais alors… et la “valeur travail” ? Et “travailler plus pour gagner plus” ? » Une citoyenne le montre du doigt en disant : « Ceci est le problème, pas la solution… »

Le plus dur, ce sera de déconstruire toutes ces idées tellement rabâchées par les médias et les politiciens qu'elles deviennent intégrées par une population qui en souffre pourtant tous les jours…

Et simplement, d'essayer deux secondes de prendre en main notre façon de considérer le travail au lieu de la subir.

Des gens manifestent avec des pancartes : « travailler moins pour vivre mieux », « travailler moins pour travailler mieux », « travailler moins pour polluer moins ». Un type passe en leur criant : « Utopistes ! » Il tousse (« kof… kof… ») en pensant : « Bon, à 14h, rendez-vous avec mon pneumologue et à 15h avec mon psychologue pour gérer mon burn out… » Note : BD sous licence CC BY SA (grisebouille.net), dessinée le 26 janvier 2017 par Gee.

Publié le 27 janvier 2017 par Gee dans La fourche

🛈 Si vous avez aimé cet article, vous pouvez le retrouver dans le livre Grise Bouille, Tome III.

Soutenir

Ce blog est publié sous licence libre, il est librement copiable, partageable, modifiable et réutilisable. Il est gratuit car financé principalement par vos dons. Sans inscription, vous pouvez très simplement me soutenir :

Pour l'année 2023-2024, 9 410 € ont pour l'instant été collectés sur un objectif annuel de 21 000 € (SMIC brut), soit 45 % de l'objectif :

Sources de revenu

L'année étant entamée à 61 %, il y a actuellement un retard de 3 400 € sur l'objectif.

Avancement de l'année

Vous pouvez également, si vous le souhaitez, passer par une plateforme de financement participatif :