Dites adieu aux kilos en trop !

Publié le 3 septembre 2015 par Gee dans Tu sais quoi ?
Inclus dans le livre Grise Bouille, Tome I

Aujourd’hui, un article assez long sur un sujet délicat… Il fallait bien ça. Si vous débarquez sur ce site, n’hésitez pas à lire d’abord l’article sur les bits et les bytes (et pourquoi pas celui sur numérique/digital qui peut toujours servir). Dis-donc, c’est qu’il y aurait presque une continuité dans ce site !

Dites adieu aux kilos en trop !

💡 Aujourd'hui, nous allons parler de kilos… mais pas n'importe lesquels : les KILOOCTETS !

(Voilà, si vous êtes tombé dans le panneau de cet odieux clickbait, vous pouvez fermer cet onglet et reprendre une activité normale.)

La Geekette, songeuse, demande à Gee : « Par contre, le clickbait quand t'as pas de pub sur ton site, ça sert à quoi ? » Gee se frappe la tête du plat de la main : « Meeeeerde, j'avais oublié ce détail ! »

Si vous avez déjà acheté un support numérique (clef USB, disque dur, etc.), vous avez sans doute fait l'expérience suivante :

Un mec derrière son ordi dit  « Alooooors, voyons ce que je peux mettre sur ce CD de 650 mégaoctets… » Puis il s'énerve soudain : « Hééééé ! Pourquoi il n'y a que 620 mégas de disponibles ?! C'est de l'arnaque ce truc ! »

💡 Eh bien pas du tout ! En fait, cette différence de 30 mégaoctets vient juste du fait que les fabricants de supports numériques et les systèmes d'exploitation n'utilisent pas toujours la même définition des mots « kilo », « méga », « giga », etc.

Enfin, du coup…

Oui, en fait c'est de l'arnaque.

Puisqu'on joue volontairement sur l'ambiguïté de termes techniques.

Le Geek, un CD à la main, demande à un vendeur : « Mais, rassurez-moi, vous seriez pas un peu en train de me prendre pour un con, des fois ? » Le vendeur de la SNAC : « Si, complètement même. » Le Geek : « Ah. » Le vendeur : « Maintenant casse-toi. »

Il se trouve qu'en informatique, on a cette manie de compter en base deux et de tout grouper par puissances de deux.

Un mec lambda remarque : « Vous êtes très manichéens, vous les informaticiens. » Gee, derrière son ordi, répond : « Manichéens ? » Le mec lambda : « Ouais. Enfin binaires, quoi. »

▶️ Du coup, lorsqu'on s'est aperçu que 210 (1024) était assez proche de 103 (1000, soit un kilo), on a abusivement utilisé le terme kilo… sans se rendre compte de l'énoÔorme imbroglio que cela allait provoquer par la suite.

Un vieil informaticien derrière son vieil ordi : « Bon alors, j'ai cet emplacement mémoire qui fait 1024 octets… boh, appelons ça 1 kilooctet, c'est plus simple. À une vache près hein, c'est pas une science exacte. » Un Terminator apparaît derrière lui avec un flingue à la main : « Bonjour, je viens du futur. C'est vous le sagouin qui avez lancé cet abus de langage ? »

Et puisque c'était très pratique, on a généralisé le principe aux puissances supérieures.

Un tableau montre le principe : 2 puissance 10n est à peu près égal à 10 puissance 3n. 1024 à peu près égal à 1000, 1048576 à peu près égal à 1000000 et 1073741824 à peu près égal à 1000000000. BHL arrive et demande : « Puissance supérieure ? On m'a appelé ? » Gee, pas content : « Putain Bernard-Henri, dégage de ma BD ! »

⚠️ Seulement voilà, à chaque préfixe, on multiplie par 1024 au lieu de 1000 et l'erreur devient donc de plus en plus grande… Si elle était acceptable à l'époque des disquettes, elle devient beaucoup plus gênante à l'heure où le téra se généralise.

Un graphique montre que l'erreur augmente de plus en plus, de 2 ou 3 % sur le kilo à 10 % sur le téra et plus sur le péta (haha, péta).

J'veux dire… Imaginez un peu ça dans un autre contexte :

Une dame demande à Indiana Jones, qui s'apprête à traverser un pont de singe : « T'es sûr que ce pont peut supporter ton poids ? » Indy : « Bien sûr, y'a marqué 85 kg* maximum ! Tu sais bien que je fais 84 kg tout habillé ! »

C'est-à-dire 83 003 grammes, c'est bien connu.

▶️ On a fini par prendre le problème en main : en 1998 (oui, on a mis le temps) sont introduits les préfixes binaires pour mettre un terme aux ambiguïtés.

Un vieux scientifique énonce, à un tribune : « Pour désigner 1024 octets, on parle de kibi (kilo binaire), pour 1024 fois 1024 octets, de mébi, puis de gibi, de tébi, etc. Et un kilooctet vaudra donc 1000 octets en toute circonstance. Le premier qui veut en mettre 24 de plus, je les lui fais BOUFFER. »

C'est pour cela que vous voyez parfois apparaître les symboles Mio, Gio ou Tio qui signifient respectivement mébioctet, gibioctet et tébioctet.

Gee, une guitare à la main, précise : « Quant au kibioctet, il s'agit d'un groupe de musique insupportable pour pré-adolescent ayant surtout sévi dans les années 2000. » Le Geek demande : « Mais t'étais pas justement ado dans les années 2000, toi ? » Gee répond : « Si. D'ailleurs mes oreilles saignent encore. Et sourient à la mort. Tant de rouge sur mon corps. »

Sauf que bien entendu, cette norme reste très très peu connue. Et entre les constructeurs qui prennent bien soin de l'appliquer à la lettre en utilisant la version la plus avantageuse pour eux et certains systèmes d'exploitation qui continuent à parler de kilo pour 1024…

Gee dit : « …c'est la merde intégrale. » À côté de lui, un tableau montre un gros caca entouré par le symbole mathématique de l'intégrale sur d(FEC).

💡 Pour savoir exactement comment fonctionne le système que vous avez sous les yeux, comparez les versions abrégées des tailles de vos fichiers avec les versions complètes (en faisant un clic-droit puis « Propriétés » par exemple) :

Si vous lisez 10 Mo (10 000 000 octets), votre système compte en décimal ; si vous lisez 10 Mio (10 485 760 octets), votre système compte en binaire ; si vous lisez 10 Mo (10 485 760 octets), votre système compte en binaire et se fout des normes (vous devriez en changer) ; si vous lisez 10 Mio (10 000 000 octets), votre système vous prend pour un con.

Voilà. J'espère que vous y voyez plus clair.

(Ou alors si vous trouvez que tout ceci est sacrément incompréhensible, au moins maintenant vous savez pourquoi.)

⚠️ Terminons cet article en évoquant une catégorie de psychopathes qui ont heureusement déserté le paysage informatique depuis pas mal de temps : les fabricants de disquettes.

Un fabricant de disquettes représenté comme un dément, la bave au lèvre et les yeux écarquillés : « Tiens, cette disquette fait 1 474 560 octets ! On va dire qu'elle fait 1,44 mégas ! C'est-à-dire 1,44 fois 1000 fois 1024 octets* ! Et là ils seront bien feintés ! » Le Terminator est de retour : « Sarah Connor ? »

Authentique. #noShit

Note : BD sous licence CC BY SA (grisebouille.net), dessinée le 2 septembre 2015 par Gee.

Publié le 3 septembre 2015 par Gee dans Tu sais quoi ?

🛈 Si vous avez aimé cet article, vous pouvez le retrouver dans le livre Grise Bouille, Tome I.

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