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Chapitre 9

Publié le 30 juillet 2026 par Gee

Rappel : cet été, le roman « 60 degrés à l'ombre » est publié chapitre par chapitre sur le blog ! Si vous avez loupé le début, rendez-vous au chapitre 1.

Couverture du chapitre 9 de « 60 degrés à l'ombre »

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Dans les épisodes précédents : David et Poena demeurrent introuvables. Raphaël reçoit un nouveau message cryptique de l'IA, mais avant que l'assemblée n'ait pu le décrypter, un nouveau danger arrive : toute la campagne environnante est en feu. En pleine panique existentielle, le narrateur s'effondre, endormi par ce qui semble être un gaz toxique…

Chapitre 9

J'ai connu des gueules de bois carabinées plus agréables que ce réveil. J'ai un mal de crâne à me faire sortir les yeux par les orbites. Ce qui ne changerait pas grand-chose à la situation, par ailleurs, vu que je suis dans le noir total.

Correction : je n'ai pas juste mal au crâne, j'ai mal partout. Je sens que l'on m'a déposé sur une sorte de matelas fin comme du PQ. Si ça ne couinait pas à chaque mouvement, je jurerais être allongé par terre. Pour un peu, je me croirais de retour en garde à vue ou en cellule de dégrisement. Encore que niveau confort, je sois sans doute un cran en dessous.

En tentant de me redresser, j'ai le cerveau qui fait un salto arrière dans ma boîte crânienne. Je perds l'équilibre et je me vautre, par terre pour de bon, cette fois. Aïe.

Le sol est froid, sec. Du béton. L'odeur : absolument neutre. La température : plutôt… fraîche. Oui, tiens. Ça faisait un moment que j'avais oublié la sensation. Pas du froid de climatisation, non, plutôt une fraîcheur de… de cave.

Je percute : je dois être dans le bunker. J'essaie de rassembler mon équilibre et mes esprits. À tâtons, je m'assois sur mon ersatz de matelas, la tête entre les mains.

Se souvenir.

La tête qui tourne.

Concentre-toi.

J'étais en haut, avec les autres, et… foutue mémoire qui clignote. J'ai un fil qui vient mais qui s'échappe, comme un rêve qu'on oublie toujours plus à mesure qu'on essaie de s'en rappeler. Merde. Que s'est-il donc passé ?

Jean-Louis… Non, Jean-Louis n'était pas en mesure de nous assommer et de nous traîner dans le bunker. Pas tout seul en tout cas.

L'incendie… les flammes… l'odeur… le gaz…

Le gaz ? Est-ce que les autres… Les autres ? Je suis seul. Pas un bruit. Où sont les autres ? Où sont… Poena et David ? Ça me revient : nous les avions perdus. Je…

Du calme.

Respire.

J'essaie de ne penser à rien. Je laisse mes neurones se reconnecter. Cinq, dix minutes passent. Toujours pas de bruit. Silence, calme, fraîcheur. Si on met de côté le noir total qui n'a rien d'engageant, je pourrais me croire au paradis. Pour ce qui est de l'enfer, je pense en être passé assez près. Je ne sais pas qui m'a embarqué ici, et franchement je me demande si je devrais être fâché ou reconnaissant. À quelques minutes près, nous étions cuits. Au sens littéral.

Je n'ose pas parler, pas appeler, pas faire un bruit. Même en me levant, je tâte les environs en agitant les bras dans le vide, je marche sur la pointe des pieds. Je touche rapidement un mur, et je fais le tour de la pièce en le longeant. C'est une étroite cellule, pas plus de trois mètres sur quatre. Vide de meubles, si on met de côté le « lit ». Une unique porte, close évidemment. Je parcours des mains les pourtours de la porte. Là, un petit boîtier en plastique. Un interrupteur.

J'appuie. Deux rangées de néons s'allument dans des claquements sourds. Je ferme les yeux par réflexe : la lumière est soudaine et violente, d'un bleu glacial. Le silence est brisé par le ronronnement des tubes fluorescents.

Le temps de m'habituer à la luminosité, j'observe la pièce. Les murs, le sol, le plafond sont du même béton brut : plus de doute possible, je suis bel et bien à l'intérieur du bunker. À moins que l'on ne m'ait carrément emmené ailleurs, loin, mais mon horloge interne me dit que peu de temps a passé, alors j'en doute.

Mon lit se compose d'un simple surmatelas plastifié, usé jusqu'à corde, posé sur un cadre en métal. La porte, métallique elle aussi, a l'air lourde et blindée. Pas aussi imposante que celle qui nous interdisait l'entrée du bunker, mais clairement pas défonçable d'un bête coup d'épaule. Une trappe à hauteur de visage est fermée par un volet qui s'ouvre de l'extérieur. Quelques fines fentes dont je devine qu'elles servent à aérer la pièce. Il n'y a pas de poignée, en tout cas pas à de ce côté-ci. Je suis piégé.

Je tends l'oreille. Est-ce que les autres sont dans le coin ? Dans d'autres cellules similaires à la mienne ? Et Jean-Louis ? Ça me revient maintenant, j'ai vu Jean-Louis bricoler quelque chose… mais quoi ? Est-ce qu'il est derrière tout ça ? Ce serait lui qui nous aurait envoyé du gaz soporifique ? J'ai du mal à y croire, mais j'ai tout autant de mal à croire que je sois là, dans cet endroit improbable. Enfermé, mais vivant, à l'abri des flammes.

Bon. Réfléchissons. Impossible de sortir, il n'y a aucune issue à part cette porte, même pas un conduit de chiotte où espérer me glisser. J'imagine que si j'ai besoin d'aller au petit coin, ce sera littéralement dans un des petits coins de la pièce… sympa.

La conclusion qui s'impose assez rapidement est qu'il est inutile de rester discret : si mes geôliers m'ont secouru de l'incendie et ne m'ont pas mis directement une balle dans le museau, je peux supposer qu'on veut me garder vivant. Comme je préfère savoir chez qui je mets les pieds, autant briser la glace et faire les présentations.

De quelques coups sur la porte en métal, je brise le silence. J'appelle, fort. Ma voix résonne mais n'est honorée d'aucune réponse. Je réitère.

Après quelques nouveaux essais, je finis par entendre des bruits de pas. Comme des talons sur le béton brut. On ouvre la trappe sur la porte.

— Oui ?

La voix est douce mais impatiente. Je dévisage mon interlocutrice dont j'aperçois le visage à travers la trappe. Des cheveux blonds grisonnants coupés au carré, lunettes aux verres carrés étroits. Je lui donne une petite soixantaine. L'air sévère. Elle m'évoque une institutrice d'après-guerre à deux ans de la retraite.

— Oui, bonjour. Pardon de déranger, hein, mais euh… je pourrais savoir ce que je fous là ?

Elle affiche un faux air de surprise sur le visage, un sourcil haussé :

— Ah ! Ça, ce serait plutôt à vous de me le dire. Vous êtes entré ici sans y être invité.

— Non mais, quand je dis « ce que je fous là »… là ! Ici ! Dans cette cellule ! Pas dans la maison.

— Justement, moi, c'est ce que vous faisiez dans la maison qui m'intéresse.

— Je peux sortir ?

— Pour quoi faire ?

— Un footing.

— Très drôle.

— Sérieusement, c'est quoi votre problème ? Pourquoi vous m'avez enfermé ?

— Simple précaution.

— Et si j'ai besoin d'aller aux toilettes ?

— Vous en avez besoin, là ?

— Euh, non, pas là précisément.

— Alors tout va bien.

— Et les autres ?

— Quels autres ?

D'accord. Donc ça va se passer comme ça : un dialogue de sourd… Ça faisait trop longtemps. On va dire que je pars toujours trop vite dans les tours, mais faut voir les énergumènes avec qui je dois interagir.

— Dites, vous seriez pas de la famille à Jean-Louis ? Vous avez un peu le même mode de communication.

Vu la moue qu'elle fait, je conclus deux choses : premièrement, elle sait très bien de qui je parle ; deuxièmement, elle ne le porte pas dans son cœur, vu qu'elle a visiblement pris ma remarque comme une insulte.

— Avez-vous la moindre idée d'à qui vous avez affaire ? me lance-t-elle.

— Ben c’est-à-dire qu'on n'a pas vraiment eu l'occasion de faire les présentations. Rapport au fait que vous m'ayez gazé avant de me foutre aux oubliettes.

Silence. Elle me toise, je sens qu'elle attend vraiment une réponse. Me vient une idée. De toute façon, je n'ai pas grand-chose à perdre : autant tenter, si ça me permet de sortir d'ici…

— Non, j'ai aucune foutue idée de qui vous êtes.

Je marque une pause pour le suspense et j'ajoute :

— Mais si je devais deviner, je dirais que vous êtes madame Foulquier.

Malgré l'air impassible qu'elle continue d'afficher, je sens que j'ai tapé juste. Je jurerais presque la voir se dérider. Je décide de jouer franc jeu :

— Quant à moi, je suis arrivé dans cette baraque par hasard, parce que ma pote et moi, on cherchait un endroit frais pour se protéger de la canicule. Évidemment, si on avait su dans quoi on s'engouffrait, on aurait tracé notre route… On s'excuse pour le dérangement, mais on a cette sale manie de vouloir survivre. Alors je sais bien, hein, c'est surfait de nos jours, mais qu'est-ce que vous voulez… les vieilles habitudes ont la peau dure. Voilà, j'ai répondu à vos questions. Maintenant, ça vous dérangerait de répondre aux miennes ?

Quelques secondes de flottement passent. Elle sort une sorte de petit talkie-walkie sa poche, jette un œil à l'écran, et le range. Puis elle ferme la trappe. J'entends un « bip » qui m'évoque un panneau de contrôle électronique, et la porte s'ouvre.

Ma geôlière est debout, à un mètre de moi. Elle est seule. Une grande dame fine, en tailleur noir. Pas spécialement baraquée. Certains se diraient sans doute que c'est l'occasion rêvée de : un, lui sauter dessus ; deux, l'avoiner ; trois, lui piquer son badge d'accès ou tout ce qu'elle pourrait avoir sur elle ; quatre, se barrer vite fait. Moi, ce que son comportement m'apprend, c'est qu'elle n'a pas peur de moi. Je ne l'impressionne pas, elle ne se sent pas en danger en ouvrant la porte à un type qu'elle vient de gazer et de séquestrer, et qui est de toute évidence en rogne. Ça m'inquiète, alors je reste sur mes gardes.

Elle s'écarte du passage et me fait signe de sortir :

— Venez avec moi.

Je m'exécute. Je remarque au passage une bosse sous la veste de son tailleur. Si j'étais parano, je penserais à une arme de poing. Dans le contexte, j'ai toutes les raisons d'être parano.

Nous marchons en silence. Ma cellule était au bout d'un long couloir sans autre porte. Si mes camarades attendent dans d'autres cellules, elles doivent être éloignées, sans doute pour nous empêcher de communiquer.

Nos pas résonnent doucement. Les mêmes néons blafards illuminent le passage. Au bout du couloir, nous pénétrons dans une pièce circulaire qui distribue trois autres corridors du même genre, comme si nous étions au centre d'une grande croix. Contre un des murs de la salle, il y a un meuble de bureau avec un ordinateur posé dessus. L'écran est tourné vers le mur, je n'arrive pas à voir s'il est allumé ou non.

Une table ronde trône au centre de la pièce, entourée de six hauts tabourets. Mon hôte m'invite à m'y asseoir.

— Vous voulez quelque chose à boire ?

— C'est pas de refus. Vous avez quoi, à la pression ?

Ma blague la laisse de marbre. Impatiente, elle précise :

— Je pensais plutôt à de l'eau.

— Dommage. Mais va pour la flotte.

Elle soupire. Je suis fortiche, pour ce qui est d'agacer les gens. C'est de bonne guerre : je ne suis pas franchement en position de force, elle peut donc bien supporter mes vannes cinq minutes.

Derrière le bureau, elle se penche et j'entends le bruit d'une porte de frigo. Elle revient avec une bouteille d'eau minéral d'un demi-litre à la main et me la tend.

— Merci.

Elle s'assoit en face de moi, joint les mains sur la table, et me dit en me regardant droit dans les yeux :

— Très bien. Maintenant dites-moi ce que vous voulez savoir.

Je bois une gorgée d'eau. Elle est fraîche, ça me fait un bien fou. Je m'éclaircis la gorge et lance :

— Eh bien je m'excuse d'avance si ça a l'air d'être une obsession, mais ce serait bien urbain de votre part de vous expliquer sur le gazage et la séquestration, pour commencer.

— Je vous l'ai dit : simple précaution.

— Mais précaution contre quoi ? On n'est pas une équipe d'assassins, merde !

— Un fait que je peux difficilement vérifier. Et vous êtes nombreux.

— Vous auriez aussi pu nous laisser là-haut.

Elle réplique, après un court instant :

— Je n'allais pas vous laisser finir brûlés vifs.

C'est un bon argument. Il aurait presque pu être convainquant si elle n'avait pas hésité une seconde de trop avant de répondre.

— Mmh, mmh… je n'y crois pas. On se connait que depuis quelques minutes, mais vous m'faites pas l'effet de quelqu'un qui s'offusquerait de savoir que des inconnus sont en train d'agoniser un étage au-dessus d'elle. Le prenez pas mal, hein.

Elle croise les bras, se cale sur le dossier du tabouret et affiche un demi-sourire amusé.

— Tiens donc. Et selon vous, pour quelle raison vous aurais-je donc sauvés ?

Elle persiste à dire « je » et pas « nous », mais ça sonne faux. Mon intuition me dit qu'elle ne peut pas être seule : d'ailleurs, comment nous aurait-elle transporté jusque dans le bunker ?

Je lui réponds, en scrutant sa réaction :

— Eh bien, je vois deux raisons possibles. La première : parce qu'en plus des inconnus, il y avait Jean-Louis. Vous le connaissez, vous vouliez surtout le sauver lui. Moi et mes camarades, on était simplement au bon endroit au bon moment. Et surtout, deuxième raison : parce que ma pote s'apprêtait à faire exploser le sas de votre bunker, et que l'idée ne vous enchantait pas plus que ça.

Ce qui m'amuse, c'est qu'elle m'a tout l'air d'être persuadée d'avoir la meilleure poker face du monde, alors qu'on peut lire les émotions de ses petits yeux perçants comme dans un livre ouvert. Ma première raison ne l'a pas désarçonnée, et je pige qu'elle aurait volontiers laissé ce pauvre Jean-Louis à son triste sort. En revanche, elle a clairement tressailli sur l'histoire de la porte explosée : c'est bien pour cela qu'elle nous a interrompus et gazés. La raison pour laquelle elle nous a emmenés ici, en revanche, reste un mystère.

Je ne lui laisse pas le temps de préparer un mensonge et j'enchaîne :

— En parlant de ma pote… elle est où ? Et les autres ?

— Dans d'autres parties du complexe. Tout le monde est sain et sauf, si cela vous inquiétait.

— Même le gros barbu et la petite peste ?

Là, ma réflexion lui occasionne un éclat de rire franc, quoi que fugace. Elle a visiblement eu le plaisir de rencontrer Poena, et opine du chef :

— Même le gros barbu et la petite peste.

Bon. C'est déjà ça.

— Pourquoi est-ce que vous les avez kidnappés ? Avant nous, j'veux dire. Et comment ?

— Je ne les ai pas « kidnappés ». Croyez-le ou pas, mais ils sont descendus ici par eux-mêmes.

— Ah bon ? Et par quel miracle ?

— Ils ont trouvé le code.

Pardon ?! Je dois ressembler à un poisson avec ma bouche grande ouverte et mes gros yeux, parce qu'elle pouffe en voyant mon expression.

— Ils ont trouvé le code ?! Mais par quel miracle ?

Elle hausse les épaules.

— C'était une bête date. J'imagine que l'idée leur est passée par la tête et qu'ils ont testé toutes les années en partant du présent.

Elle murmure comme pour elle-même :

— J'ai toujours dit que c'était un code stupide et pas sécurisé pour un sou…

— À qui est-ce que vous avez dit ça ?

Son regard lance des éclairs. Pour un peu, je serais foudroyé sur place. Taquin, j'ajoute :

— À Jean-Louis ?

Lorsque je prononce ce nom, un rictus lui déforme le visage. Elle me répond d'un ton moqueur :

— Vous n'êtes pas aussi doué en devinettes que vous vous l'imaginez.

— Mais plus que vous ne l'imaginez, vous.

— C'est possible… Peu importe : je pense que nous avons fait le tour de ce que nous avions à nous dire.

Elle se lève, et je l'imite, par réflexe. Mince, je l'ai braquée. Mauvais point pour moi. Je l'interpelle :

— J'ai encore des questions.

— Mais j'ai bien peur de ne plus avoir de réponse.

Je me rassois, les bras croisés. Je lui lance un regard de défi, le menton levé comme un sale gosse :

— Très bien. Eh bien je vais attendre la fin de l'incendie ici, alors. Oh, et vous seriez sympathique d'aller délivrer mes camarades, aussi.

Plus amusée que vraiment énervée, elle fait :

— Vous pensez vraiment être en position d'avoir des revendications ? Levez-vous.

— Si vous voulez me remettre dans votre foutue cellule, je vous préviens : va falloir m'y traîner.

Cette fois-ci, elle ne me semble plus amusée du tout. D'un geste brusque, elle passe la main sous sa veste et en extrait une arme. J'avais vu juste… Enfin, pas exactement : ce n'est pas une arme à feu mais un pistolet à impulsion électrique. Je n'ai aucun doute là-dessus, tout simplement parce que ce n'est pas la première fois qu'on me met en joue avec un engin de ce genre.

— Si on doit en arriver là… fait-elle sans finir sa phrase, laissant planer la menace.

D'accord, je capitule. Pas la moindre envie de découvrir ce que ça fait quand on presse la détente de cet engin. Pour l'heure, je ne me sens pas en danger de mort imminent, et j'aime autant temporiser, éviter de me faire taser, et réfléchir à la suite au calme. Tant pis si c'est en cellule : je n'ai pas dit mon dernier mot.

Je pousse un soupir et je me lève.

— C'est bon, baissez ça…

Je me dirige vers le couloir. Elle me suit à bonne distance, sans ranger son arme pour autant.

Là, une dernière idée me vient. Ça ne donnera sans doute rien. C'est un coup de poker au hasard, basé sur du vent.

— J'ai quand même une dernière question.

— Avancez.

— Une dernière, promis ! Après, je la boucle, vous me remettez en cellule, et je vous fous la paix.

Impassible, elle me dit :

— Allez-y. Vite.

— Merci. Bon. Ça va sans doute vous paraître idiot mais…

Je prends une inspiration, je me retourne et je lance :

— Est-ce que vous sauriez où trouver un boulanger dans le coin ?

Si j'avais fait des yeux ronds tout à l'heure, ce n'est rien à côté de son air estomaqué. C'est la deuxième fois que je touche juste sur un coup de bluff. Ça doit être mon jour de chance…

Elle semble bloquée, comme paralysée. Un silence de mort s'installe dans la pièce. Le temps paraît suspendu, je n'ose plus prononcer un mot. Puis, enfin, dans un murmure si bas qu'il est presque étouffé par le ronronnement des néons, elle grince :

— Qu'est-ce que vous venez de dire ?

— Je vous disais que je cherchais un boulan…

Sans me laisser finir ma phrase, elle braque à nouveau son arme sur moi, légèrement tremblante. D'une voix mauvaise, elle siffle :

— Très bien. Nous allons retourner nous asseoir. À mon tour de poser des questions.

Publié le 30 juillet 2026 par Gee
60 degrés à l'ombre

Roman d'anticipation autour de personnages fuyant une canicule en plein effondrement de civilisation. Saga de l'été publiée en juillet-août 2026.

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