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Chapitre 10

Publié le 3 août 2026 par Gee

Rappel : cet été, le roman « 60 degrés à l'ombre » est publié chapitre par chapitre sur le blog ! Si vous avez loupé le début, rendez-vous au chapitre 1.

Couverture du chapitre 10 de « 60 degrés à l'ombre »

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Dans les épisodes précédents : le narrateur se réveille dans le bunker, en cellule. Il rencontre sa geôlière et apprend que les autres ont aussi été enfermés là. Sur un coup de tête, il évoque le « boulanger » du message reçu par Raphaël : l'inconnue semble soudain très intéressée…

Chapitre 10

L'atmosphère s'est passablement alourdie dans la pièce. Non pas que l'ambiance ait été particulièrement folichonne au départ : quand un prisonnier taille le bout de gras avec sa geôlière, ça part rarement en Macarena. Sauf que là, il semblerait qu'elle ait cessé de me considérer comme un joyeux glandu. Je me demande si j'y gagne au change, d'ailleurs, mais c'est un peu tard pour se poser la question.

Nous retournons dans la pièce centrale et nous rasseyons. Elle garde son taser à la main, et prend soin de rester en retrait, au cas où l'idée me viendrait d'essayer de lui piquer l'arme.

— Bon, me dit-elle. Pour commencer, vous allez me dire qui vous a donné ce nom.

L'espace de quelques secondes, je reste muet. Ce nom ? Heureusement, je percute assez vite pour qu'elle ne réalise pas mon bluff : Boulanger, avec une majuscule. C'est le nom d'un type, un type qu'elle connaît.

— Boulanger ?

Elle ne répond pas. Elle attend la suite. Je repense alors au fameux message que Raphaël avait reçu : « pour vous aider, vous devriez probablement trouver la personne qui fait du pain dans cette maison de roche. »

Là, j'ai comme un éclair de génie. Ça n'arrive pas si souvent, alors l sensation est inhabituelle. Si la devinette devait mener à un nom, j'ai soudain l'intuition d'avoir compris la seconde partie. La « maison de roche »… La maison de…

— Pierre Boulanger ?

Dans le mille. Elle plisse les yeux comme pour me passer aux rayons X. Elle grince :

— Vous vous êtes bien payé ma tête, monsieur « je-suis-ici-par-hasard ». Comment avez-vous trouvé cet endroit ?

Ah. Ça se complique. Faut dire que je ne me rends pas vraiment service avec mes coups de bluff, vu que dans l'absolu, je n'ai aucune idée de la valeur de mes cartes. Je suis comme un gamin de cinq ans qui ferait des coups de poker sans connaître les règles du poker, et en utilisant un jeu de sept familles. Vu sous cet angle, est-ce qu'il n'aurait pas été préférable que je la boucle, et qu'elle me ramène en cellule ?

— Vous n'allez pas me croire, mais je suis vraiment arrivé ici par hasard.

— Bien sûr. Et vous avez sorti le nom de Pierre Boulanger de votre chapeau, comme ça.

— Je suis un peu magicien, vous savez.

Elle tourne tout doucement sa main qui tient l'arme vers mon visage.

— Il va falloir arrêter de me prendre une idiote si vous ne voulez pas faire un test de conduction électrique grandeur nature.

— Si je vous dis comment j'ai eu ce nom, vous n'allez pas me croire.

— Essayez toujours, me dit-elle en agitant son taser d'un air menaçant.

Je me prends le visage entre les mains. Vu l'énormité de ce que je m'apprête à lui balancer, je sens venir l'impulsion électrique entre les deux yeux. Mais pourquoi n'ai-je pas appris à la fermer, après toutes ces années de galère ?

— Bon. Parmi les gens que vous avez gazés tout à l'heure, y'en avait un avec une tronche de hippie.

— Mmh mmh…

— Cheveux longs, barbe de trois jours…

— Oui, je vois.

— Des sandales, l'air con…

— Bon ça va ! J'ai dit que je voyais. Et donc ?

— Eh bah figurez-vous que ce type reçoit des SMS chelous. Enfin… moi, je dis « chelous », lui prétend que ça vient de l'IAG, mais m'est avis qu'il a pas la lumière à tous les étages.

Je m'attendais au choix à un éclat de rire, un soupir agacé ou des yeux au ciel. Mais elle m'a plutôt l'air alarmée. Mince, ce que je raconte a du sens pour elle ? Je poursuis :

— D'après lui, l'IAG les a conduits ici, lui et sa copine – l'autre avec une tête de hippie, celle avec des fringues trop grandes pour elle, qui a l'air d'être…

Impatiente, elle agite la main pour me faire signe d'abréger.

— Bon. Ben l'IAG qui les aurait conduits là, via une espèce de devinette foireuse à base d'équations de maths – j'invente rien, hein… ben cette IAG leur a envoyé un SMS avec une autre devinette, un truc sur un mec qui fait du pain dans une maison en roche.

Là, je sens que je l'ai perdue.

— Un mec qui fait du pain : boulanger. Une maison de roche : pierre. Pierre Boulanger. Alors oui, je sais ce que vous pensez : vous vous dites que je suis en train d'inventer une histoire à dormir debout pour noyer le poisson.

Elle me dévisage. Si je devais parier, je dirais que l'hypothèse lui a effectivement traversé l'esprit, et pourtant elle ne dit rien. Elle continue juste de me transpercer du regard, comme si elle s'imaginait avoir un détecteur de mensonge intégré à la rétine.

D'un coup, je la vois extraire de nouveau le mini talkie-walkie de sa poche. Elle l'approche de sa bouche et dit d'un ton neutre :

— Jean-Louis. Dans la cafétéria. Maintenant.

Ah. On va peut-être enfin se faire des présentations dignes de ce nom avec l'autre comique. Quelques secondes plus tard, je le vois apparaître par une des portes et traverser la pièce en toute hâte, comme un petit chien qui rejoint son maître. Je lance d'un ton narquois :

— Et revoilà Monsieur Caca !

— Pardon ? fait la geôlière.

Je hausse les épaules :

— Un surnom de la petite peste. Moi c'est Mollux, c'est pas fou non plus…

Jean-Louis arrive à notre table et demande prestement :

— Oui, Madame Foulquier ?

Il ne sait pas qu'il vient de m'indiquer que ce nom qu'elle-même n'avait pas confirmé était bien le bon. Foulquier, donc. J'ai le blase de ma geôlière. Pas que ça m'aide beaucoup, mais bon…

— Jean-Louis, vous allez me garder notre camarade ici présent… j'ai besoin d'aller dire deux mots à d'autres priso… d'autres invités, se reprend-elle.

Je m'esclaffe :

— Franchement, on a dépassé l'étape où vous assumez pas que cet endroit est une prison, non ? Admettez-le, ça vous détendra, tout le monde sera plus à l'aise.

Nouveau regard noir en ma direction. Jean-Louis a l'air terrifié par mon audace envers celle qui est, de toute évidence, sa patronne.

Elle quitte la « cafétéria » sans dire un mot de plus. Jean-Louis pousse un soupir, sort une arme similaire à celle de Foulquier et la pointe vers moi. Eh bien je vois que l'ambiance va rester pourrie malgré le changement de personnel.

— Dites, vous voudriez pas vous calmer sur les menaces physiques ? Votre patronne est partie, on peut peut-être envisager une relation plus civilisée, vous et moi.

— Ça n'est pas ma patronne.

— Ah. Bah c'était drôlement bien imité.

— C'est mon N+1.

— N+1, seulement ? J'aurais dit plus.

Il prend un air pincé. Ce serait dommage que je le vexe au moment même où il a rangé sa diarrhée verbale au tiroir…

— Et alors, Jean-Louis, c'est quoi, votre histoire à vous ? Comment vous vous êtes retrouvé coincé dans les chiottes en haut, si vous bossez dans ce bunker avec Miss Alcatraz ?

Il garde le silence. J'ajoute donc :

— Je ne sais pas combien de temps vous allez devoir me tenir en joue, mais quitte à se fréquenter, le temps passera plus vite en parlant. Vous allez pas me rejouer le « rien à déclarer », nan ? Là c'est vous qui avait le dessus dans le rapport de force, et si j'ai bien pigé, vous êtes plutôt le « bon flic » dans votre duo avec Madame Foulcamp.

— Foulquier, me corrige-t-il.

— Voilà, elle.

Il se détend un peu et se pose confortablement sur le dossier de sa chaise haute. Visiblement, il a décidé que j'avais raison et qu'il ne risquait plus grand-chose à se confier à moi.

Il m'explique :

— J'étais monté pour placer un micro. Madame Foulquier vous avait entendus depuis l'entrée du bunker, et elle a considéré qu'il était plus sage d'en apprendre plus sur la raison de votre présence.

— Vous auriez pu nous demander.

— « Demander »… ça n'est pas vraiment son genre. Bref, j'étais en train de poser l'appareil d'enregistrement quand votre copain le barbu et la petite – Poena, c'est ça ? – ont décidé de venir jouer dans le couloir. Je me suis réfugié dans la première pièce que j'ai trouvée.

— Les chiottes.

— Tout juste.

— Et comment ça se fait qu'on a pas retrouvé votre fameux micro ?

— Vous n'avez pas cherché.

C'est une remarque pertinente.

— Et pourquoi est-ce que c'était si important de nous empêcher d'entrer dans ce bunker de notre plein gré ? Y'a quoi, ici ? Le labo d'un savant fou ? Le secret de l'Atlantide ? La carte qui mène à l'Île aux Singes ?

— Vous pensez sérieusement que je vais vous le dire ?

Je pousse une exclamation :

— À qui voulez-vous que je cafte ? De toute façon, vous n'avez pas l'intention de me laisser sortir, non ?

Ma question semble le prendre au dépourvu. Il marmonne :

— Ça, ça ne dépend pas de moi…

— Ah oui, pardon. C'est cette Mâdâââme Foulquier qui fait la pluie et le beau temps ici, hein, pas vrai ? Ou alors c'est ce Pierre Boulanger ?

En entendant ce nom, Jean-Louis pousse un petit cri aigu, avec autant de virilité et de coffre qu'un hamster.

— Qui vous a parlé du Docteur Boulanger ?

— Docteur ?

Jean-Louis met une main devant sa bouche, comme un môme pris la main dans le sac. Moi, j'ai récupéré une pièce supplémentaire de mon drôle de puzzle.

Avant que je ne puisse profiter de sa déstabilisation pour en savoir plus, une alarme retentit dans le bunker. Le genre d'alarme stressante qui rappelle celle qu'on vous balance dans un jeu vidéo pour vous signaler que votre personnage n'a plus qu'un demi-cœur de vie. Des sortes de gros gyrophares que je n'avais pas remarqués jusqu'ici font danser des lumières rouges sur les murs.

— Ah. Ça y est, c'est la fin du monde ?

Depuis une poche du costume de Jean-Louis, la voix de Foulquier tonne :

— Jean-Louis, vous vous en occupez.

Ce n'est pas une question. Jean-Louis attrape le petit émetteur-récepteur et dit :

— Tout de suite.

Puis, à mon égard, il lance :

— Ne bougez pas.

Sans attendre ma réponse, il se lève de sa chaise, traverse la pièce et va se placer derrière l'ordinateur dont je ne peux voir l'écran. Il lit quelque chose d'un air soucieux et pianote sur le clavier. L'alarme continue de faire un boucan du diable, et les gyrophares d'éclairer la pièce façon boîte de nuit. Une boîte d'un goût minable, mais peu importe.

— Il y a eu une petite dérive, dit Jean-Louis dans son talkie-walkie. Je refais un calcul local des coordonnées ?

— Non. Nous devrons refaire valider par l'IA, répond Foulquier d'un ton sec à l'autre bout. Cela peut attendre. Faites un report d'alarme.

— Bien reçu.

Jean-Louis pianote encore un moment sur son clavier, puis appuie fermement sur une touche que je devine être la touche « Entrée ». L'alarme s'arrête, les lumières rouges s'éteignent. L'alerte est terminée.

Je n'ai aucune foutue idée de ce qui vient de se passer. Jean-Louis a parlé de dérives, de coordonnées… mais surtout, Foulquier a évoqué l'IA. Entre ça et le fait qu'elle ne m'ait pas ri au nez lorsque je lui ai parlé de l'origine des messages… Merde, je commence à me dire que la théorie de Raphaël et Yasmine n'était peut-être pas si farfelue que ça.

Et si nous étions réellement dans un centre de l'IAG ? Mais alors, qu'est-ce que c'était que ces histoires de « dérive » ?

Jean-Louis revient s'asseoir à ma table. Il a l'air tellement perturbé qu'il en oublie de braquer son arme sur moi. J'en profite pour lui demander :

— Des coordonnées, hein ? Vous envoyez les coordonnées d'ici à un autre illuminé du genre Raphaël ?

— Hein ?

Il a l'air sincèrement déboussolé par ma question, je sens qu'il n'a pas pigé un mot de ce que j'ai dit. Mauvaise pioche. Les « coordonnées » dont il était question étaient d'une autre nature.

— C'était quoi, ce cirque ? Vous devez taper « 4 8 15 16 23 42 » sur l'ordinateur toutes les heures et demi pour ne pas risquer une anomalie magnétique ?

— Je… hein ?! répète-t-il bêtement.

OK, donc en plus, il ne pige pas mes références. Ceci dit, là, je veux bien reconnaître ma responsabilité dans nos difficultés à communiquer : pour une fois, on ne peut pas dire que ce soit de sa faute.

— Non mais sans blague ? C'était quoi, tout ça ? L'alarme ? Votre bidouillage sur l'ordinateur ?

— Ça ne vous regarde pas.

— Oui, j'avais cru comprendre que pas grand-chose me regardait ici, mais comme vous m'y avez collé, dans votre satané bunker, ce serait chic de votre part de m'expliquer une chose ou deux sur ce qui s'y passe. Sinon, si vous comptez simplement me zigouiller, ça valait pas l'effort de m'embarquer ici…

Jean-Louis fronce les sourcils et me dit :

— On est du côté des gentils, vous savez.

Mais qu'est-ce que c'est que cette remarque d'écolier ? Je ne peux pas m'empêcher de pouffer un peu.

— Pardon hein, mais ça saute pas vraiment aux yeux…

— Vous n'auriez jamais dû venir ici. Vous ne devriez pas être ici. Tout ce que vous avez besoin de savoir, c'est que nous faisons quelque chose d'important, quelque chose de bien pour l'humanité.

— Ça l'air super, pour que vous séquestriez tout un groupe de pauvres types comme moi, dont une gamine. Alors je sais ce que vous allez dire : faut voir la gueule de la gamine. Moi non plus, j'suis pas un grand fan de Poena, m'enfin de là à la jeter aux oubliettes… Et c'est marrant, mais quand je pense à des « gentils » comme vous dites, en général je les imagine pas avec un flingue pointé sur ma pomme.

— C'est un taser.

— Oh, suis-je bête. Alors tout va bien.

Tout à coup, un grand « BLING ! » résonne dans la pièce. Jean-Louis et moi nous retournons d'un même mouvement vers le couloir où Foulquier s'était engouffrée. Des bruits de pas précipités nous parviennent, et c'est Raphaël et Yasmine qui débarquent sans prévenir dans la pièce, paniqués.

— Mais qu'est-ce que… fait Jean-Louis en tournant le taser vers les deux comiques.

Il ne faut pas être grand clerc pour deviner ce qu'il s'est passé : d'une manière ou d'une autre, Madame Foulquier a été mise hors d'état de nuire, et notre couple de messies de l'IAG en a profité pour filer. Je les vois se figer à la vue de l'arme de Jean-Louis. Celui-ci les fixe d'un air halluciné, à la fois surpris et horrifié à l'idée que sa patronne ait de toute évidence été agressée dans le processus…

Une occasion pareille, ça ne se représente pas deux fois : d'un coup, je me rue sur Jean-Louis et, en le poussant de tout mon poids, j'attrape son taser. Le pauvre type roule par terre, mais j'ai réussi à conserver l'arme en main.

— Aïe ! fait Jean-Louis. Non… non… non !

Je lance à Yasmine :

— Qu'est-ce que vous avez foutu ?

— On a assommé la grognasse ! s'exclame celle-ci. Vite, c'est l'heure de filer !

Jean-Louis pousse une exclamation scandalisée en entendant l'insulte, mais Yasmine l'ignore et se dirige vers un autre couloir, suivie de près par Raphaël. J'ignore comment elle peut deviner où se trouve la sortie, mais surtout, je l'interpelle :

— Hé ! Et les autres, alors ?

Raphaël se mord la lèvre et dit :

— Elle ne va pas tarder à se réveiller, nous n'avons pas de temps à perdre.

Incroyable. J'ai connu des hyènes avec plus de loyauté. Je dis d'un ton scandalisé :

— C'est l'IAG qui vous a fait l'ablation de l'empathie ? On va quand même abandonner nos potes – et Poena – comme ça !

Ce grand con de Raphaël se passe une main sur la nuque, l'air embarrassé. J'ajoute :

— Foulquier, y'a qu'à l'enfermer, non ?

— Foulquier ? demande Yasmine.

— La « grognasse » ! Le nom qu'il y avait sur la boîte aux lettres – Foulquier –, c'est le sien.

— Oh.

— Allez, venez. Jean-Louis, debout.

Les deux autres semblent se rappeler soudain de la présence du bonhomme. Lui se relève, je le tiens en joue à bonne distance et je lui ordonne :

— Passez devant.

On part donc tous les quatre dans le couloir qui mène aux cellules de Raphaël et Yasmine. Là, Foulquier est étendue au sol, inconsciente.

— Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

— Je lui ai mis un pain dans sa petite tête de fouine, fait fièrement Yasmine. Elle a rebondi sur la porte en métal, ça doit être ça qui l'a mise K.O.

Elle a l'air toute fière d'elle et pleine de hargne envers Foulquier, et j'avoue que je ne la reconnais pas : moi qui me représentais Yasmine comme une illuminée hippie un peu niaise…

— Bon, dis-je, aidez-moi à la traîner jusqu'à l'intérieur de la cellule. On va l'y enfermer. Jean-Louis, vous restez à distance : au moindre mouvement, je vous tase.

Non, je n'ai plus de pitié. Il y a deux minutes, c'était moi qui étais en joue : ça temporise un peu les convictions pacifistes… À y réfléchir, le comportement soudainement belliqueux de Yasmine n'est pas si surprenant.

Nous plaçons Foulquier dans la cellule, Raphaël lui pique son badge — une sorte de plaquette rouge, au format « carte de crédit ». Nous refermons et verrouilloons le tout.

— Bon. Une bonne chose de faite. Maintenant, où sont les autres ?

— Pas ici, fait Yasmine. Il n'y avait que nos deux cellules dans ce couloir.

Je me retourne vers Jean-Louis. Il est tout tremblant. Mon arme est toujours pointée sur lui quand je lui demande simplement :

— Où ?

Il déglutit et ne dit rien. Je lève mon arme et vise directement son visage.

— Sans déconner, Jean-Louis, c'est terminé le « bon flic ». Maintenant, vous vous mettez à table une bonne fois pour toutes où je vous tase votre…

J'hésite, je jette un regard en coin à Yasmine et je termine :

— … votre sale petite tête de fouine.

Ça y est. Moi aussi, je suis en train de péter un plomb. Ceci dit, la technique marche. Jean-Louis, d'abord terrifié, semble soudain se dégonfler comme un ballon de baudruche : ses épaules retombent, il pousse un long soupir et semble abdiquer intérieurement.

D'une voix lasse, et avec un regard de chien battu, il nous lance :

— Très bien… je vais tout vous dire. Suivez-moi.

Publié le 3 août 2026 par Gee
60 degrés à l'ombre

Roman d'anticipation autour de personnages fuyant une canicule en plein effondrement de civilisation. Saga de l'été publiée en juillet-août 2026.

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