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Chapitre 11

Publié le 6 août 2026 par Gee

Rappel : cet été, le roman « 60 degrés à l'ombre » est publié chapitre par chapitre sur le blog ! Si vous avez loupé le début, rendez-vous au chapitre 1.

Couverture du chapitre 11 de « 60 degrés à l'ombre »

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Dans les épisodes précédents : le narrateur discute avec Foulquier, sa geôlière, et Jean-Louis, le sous-fifre. Il apprend l'existence d'un certain « Pierre Boulanger ». Foulquier s'éclipse, une drôle d'alarme retentit, et Raphaël et Yasmine arrivent après avoir assomé Foulquier. Jean-Louis est forcé de les aider à libérer les autres prisonniers et à tout leur expliquer…

Chapitre 11

Gaëlle avait eu le nez creux : la taille de ce bunker est effectivement impressionnante. Jean-Louis nous fait emprunter un escalier en colimaçon, et nous descendons de plusieurs étages avant qu'il ne nous fasse signe que nous sommes arrivés au niveau des autres cellules.

— Bon sang, demande Yasmine, mais qu'y a-t-il dans tous ces étages ?

— Principalement des machines, des serveurs, répond Jean-Louis. Au niveau supérieur, il y a la cafèt' et quelques chambres…

Je ricane :

— Chambres ? Des cellules, oui.

— Si vous préférez… là, nous nous dirigeons vers les dortoirs proprement dits. Jusqu'à quinze personnes peuvent être hébergés ici, mais ces derniers temps, nous sommes rarement plus de deux.

— Donc, à part Foulquier, il n'y a que vous ?

— Oui, marmonne sombrement Jean-Louis.

Effectivement, je comprends que de son point de vue, il eût été souhaitable d'avoir du renfort… Ceci dit, le type n'est pas bien malin : il aurait pu tenter un coup de bluff pour reprendre un peu la main. Visiblement, il suffisait de peu de choses pour le défaire complètement. J'en viens même à ranger le taser dans ma poche tellement tout danger venant de lui semble écarté.

— Et à quoi servent toutes ces salles de serveurs ? dit Raphaël, intéressé.

— Vous avez déjà deviné, non ?

Personne ne moufte. Je sais que Raphaël et Yasmine pensent à l'IAG. Je commence à y croire aussi…

— Allons déjà libérer vos camarades… je n'ai pas envie de me répéter.

Le gus a le chic pour faire durer le suspense… quand j'pense à tout le temps passé à essayer de lui tirer les vers du nez dans le salon, tout à l'heure… Je ne suis pas encore totalement convaincu qu'il s'apprête réellement à nous cracher le morceau, mais quoi qu'il arrive, il ne va plus pouvoir jouer la montre très longtemps.

Nous avançons dans un long couloir quasiment identique à ceux qui distribuaient les cellules de Raph, Yasmine et moi-même. D'un coin de l'œil, je capte soudain une vive lumière. Pas la lueur des néons blafards qui illuminent tout le bunker, non, quelque chose d'à la fois plus diffus et plus perçant.

Je m'arrête, sous l'œil interrogateur de mes camarades. La porte de la pièce est entrouverte. Un panneau de contrôle vert clignote faiblement sur le côté. Je pousse le panneau délicatement, il s'ouvre sans un bruit. La lumière provient d'une bonne vingtaine d'écrans arrangés en une sorte de dôme autour d'une console au milieu de la salle.

— Nous devrions… commence Jean-Louis.

Je lui fais signe de se taire :

— Deux secondes.

Raphaël et Yasmine me suivent de près lorsque je pénètre dans la salle… avec tout autant d'intérêt que moi, semble-t-il. C'est fascinant. On ne se rend pas toujours compte, quand on voit des salles de surveillance au ciné, mais dans la vraie vie, ça procure un étrange sentiment d'omniprésence. C'est à la fois dérangeant et plaisant. Dur à définir.

Nous parcourons des yeux les images affichées par les différents moniteurs allumés. Plusieurs pièces sont plongées dans le noir, d'autres nous sont inconnues, mais nous reconnaissons nos cellules. Foulquier est toujours inconsciente dans la sienne ; je vois Gaëlle tourner en rond, l'air de réfléchir à comment sortir de là ; Poena et David partagent visiblement une seule cellule, et s'occupent avec le jeu où on empile ses mains de plus en plus vite en essayant de ne pas se tromper dans l'alternance entre deux personnes ; Agnès a l'air de dormir sur sa chaise roulante.

Et puis, dans une autre pièce – une cellule aussi ? –, il y a un type que nous ne connaissons pas. Pas tout jeune, les cheveux gris clair, avec une bonne grosse calvitie bien entamée, habillé en chemise à manches courtes, avec un pantalon en tweed. Il est allongé sur un lit – un vrai lit, l'air beaucoup plus confortable que celui des autres cellules – et lit un livre dont je n'arrive pas à distinguer le titre.

Je me retourne vers Jean-Louis et demande :

— C'est lui, Pierre Boulanger ?

Jean-Louis opine du chef sombrement, en silence.

— Et ça, qu'est-ce que c'est ? demande Yasmine en indiquant un moniteur à l'opposé.

Je me retourne. L'écran montre un ciel étoilé. À première vue, on pourrait croire qu'il s'agit d'une simple caméra orientée vers le ciel… sauf qu'il ne fait pas nuit noire, de ce côté-là du globe. Surtout, le quart inférieur de l'écran est occupé par une surface grise, métallique. On dirait une sorte d'engin. Si je devais parier, je dirais qu'il s'agit d'une caméra embarquée sur un vaisseau spatial.

Jean-Louis agite la main d'un air impatient :

— Nous verrons ça plus tard. Venez.

Raphaël, Yasmine et moi-même nous regardons un instant avec suspicion, puis décidons d'un commun accord – tacite – de nous exécuter. Nous suivons donc Jean-Louis qui reprend sa route à travers le couloir.

L'ouverture de chaque cellule est contrôlée par un petit panneau orange, que Jean-Louis ouvre avec son badge de la même couleur : la première personne libérée est Gaëlle. Jean-Louis manque d'ailleurs de se prendre une droite alors que la porte pivote, mais Gaëlle s'arrête au dernier moment en nous apercevant derrière lui. Nous la briefons rapidement sur la situation et on passe à la cellule suivante. David et Poena. Celle-ci me gratifie d'un « Mollux » affectueux. Étonnant. Dans le contexte, là, je serais presque heureux de la voir, alors je ne réplique même pas. Jean-Louis ouvre la dernière cellule, celle d'Agnès. Tout notre groupe y pénètre, et cette dernière font en larme lorsque Poena se jette sur ses genoux. D'un ton pressant, je lance :

— Bon, maintenant que tout ce beau monde est rassemblé, il me semble pas abuser que de demander quelques explications. Jean-Louis ?

— Caca ! s'exclame Poena.

— Voilà, lui-même.

Monsieur Caca prend une grande inspiration, nous regarde solennellement et dit :

— Très bien. Vous êtes dans un centre de contrôle de l'IAG.

— YES !

Tout le monde sursaute d'un même mouvement. C'est Raphaël et Yasmine qui ont littéralement hurlé dans le bunker, bunker qui répète ce « yes » en un écho métallique.

— Dans ta face ! me lance Yasmine en m'agitant son index sous le pif.

— Nous avons gagné notre pari, ajoute Raphaël en me faisant un sourire narquois.

Je hausse un sourcil en répondant :

— J'avais parié que dalle, hein.

— Oooh, le mauvais perdant.

— Sans déconner, vous avez quel âge ?

— Mollux a perdu ! lance Poena.

— Oh, vous m'emmerdez ! Tous ! Là ! Ça vous va ?

C'est que je vais vraiment finir par bouder avec leurs âneries… Les deux abrutis de l'IAG et Poena rigolent. Moi, je m'enferme dans un silence digne. Enfin, dans un silence, quoi. Gaëlle ne dit rien non plus et semble surtout impatiente d'entendre la suite.

— Et pourquoi l'IAG nous a-t-elle envoyé des messages pour nous amener ici ? demande Yasmine avec de la gourmandise dans la voix.

— Pardon ? répond Jean-Louis avec surprise.

— Eh bien, les messages qu'on a reçus ! fait Raphaël comme si Jean-Louis était un peu lent d'esprit.

Celui-ci a l'air de sincèrement ignorer de quoi l'autre illuminé parle :

— Des messages ? Il n'y a… je… personne n'a jamais contacté personne, ici !

Je ne peux pas m'empêcher de m'exclamer :

— Ah ! Comme quoi, j'avais au moins partiellement raison. Mes cocos, vous délirez sur ce point.

— Et les coordonnées GPS ? me lance Raphaël avec du défi dans la voix.

— Les coordo… que… quoi ? bredouille Jean-Louis qui comprend de moins en moins.

— Ça vous dirait pas de laisser notre hôte en placer une ? murmure Gaëlle avec agacement. On attendait des explications, je crois qu'il avait pas fini.

Silence. Quand je l'ouvre, tout le monde se fout de ma gueule, mais c'est sûr, quand c'est Gaëlle, c'est autre chose.

Avec un peu de difficultés, Jean-Louis reprend :

— Euh, oui. Très bien. Alors, euh… pour ce qui est des, euh, « messages » et « coordonnées », je ne sais pas de quoi vous parlez. Ici, c'est un centre de traitement des requêtes. Nous recevons des questions des usagers et nous nous en occupons.

— C'est pas censé être automatique, l'IAG ? demande Gaëlle.

Jean-Louis ne peut réfréner un ricanement :

— Oh vous savez… malgré l'automatisation, vous seriez surprise d'apprendre la quantité de travail humain nécessaire pour faire tourner tout ce bazar. Dans « intelligence artificielle », on exagère parfois le côté « artificielle »

— Sans vouloir être méchant, dis-je, on exagère aussi beaucoup le côté « intelligence »…

Sous les protestations scandalisées de Yasmine et Raphaël, je la ferme à nouveau.

— Pourquoi ici ? demande Gaëlle. Au milieu de nulle part ? Et avec ce simulacre de maison au-dessus ?

— La résilience, répond Jean-Louis. Si tous les centres de l'IAG étaient centralisés au milieu des capitales, vous imaginez bien tout ce que pourrait impliquer comme risques. Quant à la maison factice, eh bien, il fallait bien camoufler les bouches d'aération, les entrées, tout cela…

Je fronce les sourcils. Il y a un truc qui ne colle pas. C'est trop simple, comme explication, trop évident, trop bateau. Pour la résilience, les pays ont des bases militaires partout sur leurs territoires : elles ne sont ni secrètes ni dissimulées derrière de faux bâtiments. En revanche, elles sont en général bien gardées et sécurisées. Tout le contraire de ce bunker qui, derrière le secret, m'a l'air plutôt désert.

Je fais pars de mes réflexions à Jean-Louis qui ont l'air de fortement l'embarrasser. Gaëlle est d'accord avec moi :

— Pardon, Jean-Louis, mais il a raison… même les projets secret-défense se font dans des zones militaires classiques. Là, si je devais parier, je dirais que ce bunker fait partie d'un projet au-delà du « secret-défense ». Un truc non-listé, hors des canaux officiels.

— Mais pourquoi ? objecte Raphaël. Il n'y a rien de secret dans l'IAG : tout le monde doit bien se douter qu'il existe de nombreux centres de contrôles, même en ignorant où ils se trouvent. Ce n'est même pas vraiment secret-défense…

— Brrr, je m'ennuie, gronde Poena.

David prend la petite sur ses épaules et retourne jouer avec elle dans un coin de la pièce. Agnès leur signale de ne pas trop s'éloigner, puis décide carrément de les suivre. J'aurais du mal à lui en vouloir : nous les avons déjà perdus une fois, ce serait chouette de ne pas récidiver dix minutes après les avoir retrouvés…

— Je ne sais pas quoi vous dire, bredouille Jean-Louis. Je n'en sais pas plus.

— Et Pierre Boulanger ?

— Pierre qui ? me fait Gaëlle.

Ah oui, c'est vrai. J'ai fait ma petite déduction en discutant avec Foulquier tout à l'heure, mais je n'ai pas eu le temps d'en parler avec les autres. Je leur fais un topo. Raphaël et Yasmine raccrochent les wagons en comprenant que je parle du type que nous avons vu sur les écrans de surveillance quelques minutes plus tôt.

— On peut les voir, ces écrans de surveillance ? demande Gaëlle avec curiosité.

Nous retournons donc dans la salle aux écrans, laissant David et Poena jouer dans la pièce, sous la surveillance d'Agnès. Gaëlle pousse une exclamation de surprise.

— Eh béh !

— Ouais, hein ? Un paradis pour complotiste !

En disant ça, je jette un regard en coin à Yasmine et Raphaël. J'ajoute, en indiquant l'écran du doigt :

— Là, c'est lui : Pierre Boulanger.

— D'accord. Et c'est qui, ce type ? Qu'est-ce qu'il fout là ?

Tout le monde se retourne vers Jean-Louis. Cette fois, je sens une gêne perceptible passer sur son visage. Comme si, contrairement à tout ce qu'il nous a raconté jusqu'à maintenant, il avait un peu plus de mal à admettre la suite. Une vague intuition : il n'assume pas du tout ce qu'il se passe avec ce Boulanger.

— Eh bien… c'est un scientifique. Il travaille ici.

Je me penche vers l'écran. Pierre Boulanger est toujours allongé sur son lit, occupé à lire. Sur une commode, je distingue une platine vinyle. Un bureau accueillant un large moniteur complète l'ameublement.

— Il vit aussi ici, à ce que je vois.

— Nous avons besoin de lui à plein temps. Il a des, euh… des astreintes sur place.

— Mmh mmh. Et il est filmé et surveillé.

— Euh… tout est surveillé.

La justification me semble faiblarde. Sur les images de la caméra, on peut deviner la porte de la chambre de Boulanger. Elle ressemble à s'y méprendre à celle des cellules.

Gaëlle pense la même chose que moi :

— Et évidemment, il travaille et vit ici… de son plein gré ?

Silence. Un silence éloquent, troublé par le seul ronronnement des machines. Jean-Louis regarde ses pompes, comme un môme. De mon côté, j'essaie de connecter ce nouveau morceau d'information avec le reste : Pierre Boulanger est captif dans ce bunker. Le message reçu par Raphaël et Yasmine était-il destiné à ce que nous le trouvions ? Pour le libérer ? Mais pourquoi est-il captif, pour commencer ?

Au moment où je m'apprête à poser la question à Jean-Louis, l'alarme que j'avais entendue à l'étage supérieur retentit à nouveau. À nouveau, des gyrophares font tournoyer une lumière rouge tout autour de nous.

— Tiens, dis-je d'une voix forte pour couvrir le vacarme, ça pourrait être une bonne occasion de nous expliquer ça, aussi. C'est quoi, cette alarme ?

— Un instant, me fait Jean-Louis en allant se positionner derrière le clavier au centre du poste de contrôle.

C'est le même manège que tout à l'heure : il pianote quelques commandes, l'alarme s'éteint, les lumières aussi.

— Voilà, c'est arrêté pour l'instant, explique-t-il, mais ça va sonner à nouveau dans quelques minutes. Il va vraiment falloir que je descende au niveau du dessous pour régler le problème.

— Quel problème ? demande Gaëlle.

— Vous avez sans doute entendu parler de la mission RESCUE-7 ?

— La navette spatiale ? demande Yasmine.

— Oui, confirme Gaëlle. Un transfert massif de côlons sur Mars. Une nouvelle tripotée de personnalités richissimes, PDG et politiciens qui sont partis il y a quelques mois, si mes souvenirs sont bons. Quel rapport avec cette alarme ?

— Le rapport, explique Jean-Louis, c'est que dans ce bunker qu'on contrôle et assiste le voyage des navettes RESCUE.

Tiens. Ça, pour le coup, c'est un peu plus inattendu. Mais ça explique en partie le secret autour de l'endroit : si le sort des personnes les plus puissantes de l'humanité en dépend, je conçois qu'on souhaite garder ça le plus caché possible…

— Le voyage vers Mars est long et peut être perturbé par tout un tas de phénomènes spatiaux dont je vous passe les détails, poursuit Jean-Louis. Comme il n'était pas matériellement possible d'embarquer une baie de serveur suffisamment grandes pour accueillir une instance de l'IAG sur place, la navette nous communique régulièrement les détails du voyage, sa vitesse, ses coordonnées, etc. Si un écart est détecté, alors c'est à nous d'interroger l'IAG ici concernant les nouvelles données pour corriger et adapter le reste du voyage.

— Fascinant, dis-je d'un ton moqueur. On a réussi à envoyer des gugusses sur la Lune dans les années 60 avec un ordinateur moins puissant que mon smartphone, mais aujourd'hui on a réussi à rendre une navette spatiale totalement dépendante d'une usine à gaz comme l'IAG sur Terre…

Quelque part, c'est réconfortant de savoir que le délire de complexité induit par la généralisation de cette connerie d'IAG a aussi impacté les puissants… il y a une sorte de justice, dans tout ça.

Jean-Louis ignore ma remarque :

— Pour l'instant, j'ai coupé l'alarme manuellement, car il faut que je descende au niveau du contrôle de l'IA pour lancer la procédure de calcul, vérifier la pertinence des résultats à la main, etc. Si je ne m'en occupe pas, l'alarme va de nouveau retentir.

— Au pire, laissez-les dériver, taquine Gaëlle. On s'en remettra si une bande de parasites s'égare dans le vide de l'espace…

— Vraiment ? cingle Jean-Louis d'un ton cassant qu'on ne lui connaissait pas jusqu'ici. Qu'est-ce que vous vous imaginez ? Que nous allons survivre ici, sur Terre ? Vous voulez sortir faire un tour dans le brasier, dehors ? Cette bande de « parasites », comme vous dites, c'est peut-être notre seul espoir : lorsque les premières colonies seront établies sur Mars et que la terraformation aura commencé…

— Terraformation ? s'esclaffe Gaëlle. Mais quelle blague ! Vous savez quelle planète aurait été plus simple à terraformer que Mars ? La Terre ! Oui oui, même dans son état actuel, même avec un réchauffement climatique hors de contrôle, même avec soixante degrés à l'ombre, les catastrophes, les incendies, les ouragans… la Terre reste un million de fois plus vivable que Mars ! Pourquoi ce plan pour migrer sur Mars quand réparer la Terre nécessiterait une fraction de l'énergie nécessaire à terraformer Mars ?

Il est évident, en voyant le vide dans les yeux de Jean-Louis, que cette question ne lui a jamais traversé l'esprit.

— La vérité, dit Gaëlle, c'est que votre « seul espoir », les puissants, les ultra-riches, tout cette classe de… de parasites, oui, pardon mais j'trouve pas de meilleur mot… cette classe veut juste se barrer et nous laisser dans notre merde, ici. Quelques millions de kilomètres qui les mettront une bonne fois pour toutes à l'abri de nos fourches et de nos guillotines. L'évacuation totale de la Terre ? J'y crois pas une seule seconde. La colonisation de Mars ne restera toujours réservée qu'à un petit nombre. Quelles quantités d'argent et d'énergie seraient nécessaires pour envoyer assez de navette RESCUE pour sauver les milliards d'êtres humains ?

Nouveau silence. Pour ma part, j'ai toujours été de l'avis de Gaëlle – ça n'est pas pour rien qu'elle est devenue ma compagne de galère depuis toutes ces années. Là, il faut sans doute laisser quelques instants de réflexion à Jean-Louis. J'en profite pour regarder le fameux écran qui montre ce ciel étoilé : c'est donc ça, la navette RESCUE-7. Ce que nous voyons, c'est le flux vidéo de cet engin spatial. Avec quelques minutes de décalage, à n'en pas douter… J'ignore où la navette se trouve à l'heure actuelle, mais en quelques mois, elle a déjà dû nettement s'éloigner la Terre. Je me dis que…

Attendez une minute. Pause. Quelque chose ne va pas. Avec une soudaine montée de stress, je parcours les autres écrans des yeux. Les couloirs, les cellules, et…

— Où est Foulquier ?

Les autres se retournent vers les écrans, mais c'est inutile : la cellule où nous avions laissé notre charmante geôlière est vide. J'ignore comment, mais Foulquier a réussi à s'échapper.

— Eh merde…

Sans attendre que les autres ne réagissent, je sors de la pièce en quatrième vitesse. Il est trop tard : au bout de couloir, en bas du colimaçon, Foulquier est là. Elle a remis la main sur un taser et le pointe sur moi. Instinctivement, j'attrape l'autre taser que j'avais gardé dans ma poche, mais c'est peine perdue : avant même que je ne puisse alerter les autres qui commencent seulement à réaliser, je vois Foulquier presser la détente.

Publié le 6 août 2026 par Gee
60 degrés à l'ombre

Roman d'anticipation autour de personnages fuyant une canicule en plein effondrement de civilisation. Saga de l'été publiée en juillet-août 2026.

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