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Chapitre 12

Publié le 10 août 2026 par Gee

Rappel : cet été, le roman « 60 degrés à l'ombre » est publié chapitre par chapitre sur le blog ! Si vous avez loupé le début, rendez-vous au chapitre 1.

Couverture du chapitre 12 de « 60 degrés à l'ombre »

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Dans les épisodes précédents : tout le monde est libéré, et Jean-Louis explique que le bunker est un centre de contrôle de l'IAG qui gère notamment les voyages spaciaux pour l'exil des ultra-riches sur Mars. Mais Foulquier s'est libérée et tire sur le narrateur avec son taser…

Chapitre 12

Tout est noir. Froid. Je suis… je ne sais pas où je suis. De retour dans ma cellule ? Une cellule ? Quelle… J'ai la tête qui tourne, et c'est la seconde fois en trop peu de temps. Le cerveau qui bloque. Ou débloque, j'sais plus trop.

Une voix lointaine fait :

— Mooollux ! Mooooooollux !

Je sens qu'on me secoue. J'ouvre les yeux. Mon visage frotte sur une surface en béton. D'où le froid. Quelqu'un me fait osciller de gauche à droite, mon nez racle le sol. C'est douloureux, et ça me force à me redresser, péniblement. J'ai deux picots plantés dans le visage que j'arrache en poussant un juron.

La triple connasse, elle m'a tasé !

Pris d'une soudaine montée d'adrénaline, je me relève d'un coup. Foulquier. Elle m'a tasé. Je suis tombé et…

Je passe me passe la main derrière la nuque.

— Aïeuh !

Ma tête a heurté le sol dans ma chute, ce qui a dû me mettre K.O. pendant quelques instants. Pas bien longtemps.

— Mollux ! T'es vivant !

Je sens Poena qui m'attrape par les jambes pour me faire un câlin. De fait, je doute soudain de la réalité qui m'entoure : de la tendresse ? De la part de Poena ? Je serais coincé dans un cauchemar tordu que ça ne m'étonnerait qu'à moitié.

Je reprends mes esprits, ma vue se stabilise, et les repères reviennent : je suis dans le couloir, là où Foulquier m'a tasé. Poena, David et Agnès sont avec moi. Aucune trace ni de Foulquier, ni des autres. On m'a repris l'autre taser, celui que j'avais volé à Jean-Louis.

— Où sont les…

— Tout le monde a déguerpi par l'escalier au fond, m'explique Agnès. L'autre foldingue les a poursuivis avec son pistolet. Une chance qu'elle ne nous ait pas vus en passant… Le Jean-Louis l'a suivie comme un toutou, bien sûr.

Ça me revient : Poena et David étaient restés dans la cellule d'Agnès, et celle-ci avait préféré leur tenir compagnie… Foulquier a dû passer en trombe devant la cellule sans faire gaffe à leur présence. Poena a donc été discrète puis gentille ? Ils n'auraient quand même pas fait des expériences génétiques sur la gosse en plus de la gestion de l'IAG et du contrôle de la navette ?

— Ça va, la tête ? me demande Agnès d'un air inquiet.

Non mais qu'est-ce qu'il leur prend, à elles deux, d'être sympas avec moi, d'un coup ? Je devrais me faire taser plus souvent : bizarrement, ça les rend empathiques.

Je me tâte l'arrière du crâne. Aucune trace de sang sur mes doigts.

— Ça a l'air d'aller.

Agnès opine du chef, rassurée :

— En même temps, y'avait pas d'organe vital à l'intérieur.

Poena explose de rire. La compassion aura été de courte de durée dans cette famille de succubes. Même David esquisse un sourire. Cool. Merci. Avec des potes comme ça, pas besoin d'ennemis…

Sauf que des ennemis, on en a. Des vrais, et qui sont aux trousses de nos… bon, dans le tas, il n'y a que Gaëlle qui soit véritablement mon amie, mais je veux bien considérer Raphaël et Yasmine comme des camarades, au moins. Je demande :

— Combien de temps j'suis resté dans les vapes ?

— Quelques minutes, fait Agnès, pas plus de deux ou trois.

— Alors on a peut-être encore le temps de les rattraper !

— Tu vas faire quoi, pouffe Agnès, t'attaquer à la psychopathe qui t'a tasé le museau avec tes petits bras de crevette ?

— Mollux !

Je m'énerve un peu :

— M'enfin on n'va quand même pas les laisser à leur sort ! On a la supériorité numérique !

— Et pas d'arme, contrairement à ta Foulquier.

— Elle a un taser, pas un bazooka. J'ai survécu, et ça se recharge pas en un dixième de seconde, ce genre de truc. En plus, on aura un avantage…

— Ah oui ? me fait Agnès en reniflant. Lequel ?

— Venez avec moi.

Je sors de la salle d'un pas décidé, Agnès me suit avec son fauteuil roulant. David a l'air aussi peu intéressé que Poena et je les entends nous suivre mollement, même s'ils restent dans le couloir au moment où je pénètre dans la salle des écrans de contrôle.

En parcourant des yeux les images des caméras, je trouve rapidement celle qui filme l'endroit où se trouvent nos camarades… et nos assaillants.

— Bingo ! Regardez : là.

Agnès arrive derrière moi et se penche en avant. Je lui explique :

— On peut savoir où ils sont, à quel endroit précis, et échafauder un plan d'attaque en tirant avantage de ces informations !

Elle et moi regardons un instant la scène : Gaëlle, Yasmine et Raphaël sont dos au mur, au fond d'un couloir tout à fait similaire à celui où Poena et David sont en train de glander. Face à eux, et dos à la caméra, nous distinguons la silhouette de Foulquier, son taser – qu'elle a pris soin de recharger – tendu. Nous n'avons pas le son, mais l'image semble montrer que mes camarades sont en discussion avec elle. Et à côté d'elle, Jean-Louis…

Oh merde.

Dans la main de Jean-Louis, nous voyons distinctement un fusil à pompe. Il ne tient personne en joue et garde l'arme à la main par le canon, nonchalamment. Voilà qui change légèrement la donne dans le rapport de force… Attaquer Foulquier et Jean-Louis à six contre deux – sept en comptant Poena –, c'était du tout cuit. Au pire, quelqu'un d'autre se faisait taser, mais c'était un risque que nous pouvions raisonnablement courir. En revanche, le risque de se faire dégommer au fusil à pompe, personnellement, j'aime autant ne pas le prendre.

Agnès aussi a vu l'arme :

— Et ça ? C'est autre chose qu'un taser, hein.

— Vous en savez quelque chose…

Je n'ai pas oublié qu'elle nous a accueilli avec une arme du même genre. Peut-être la même.

— Et j'imagine que Jean-Louis a pris soin de mettre des munitions dedans, pour le coup…

— On se sent beaucoup moins avantagés, d'un coup, hein ?

— Oh ça va… vous n'aidez pas des masses, là, Agnès.

Elle semble apprécier que je l'appelle par son nom et ne balance pas de nouvelle vacherie. Nous quittons la pièce pour rejoindre David et Poena. Je me dirige vers l'escalier, qui est au bout du couloir, sur la gauche. J'entends, de loin, la voix de Foulquier entrecoupée par celle de Gaëlle. Les mots ne sont pas intelligibles, je n'ai aucune foutue idée du contenu de la conversation.

Si nous descendons par là, nous serons immédiatement grillés… l'escalier débouche juste à côté de l'endroit où Foulquier et Jean-Louis sont positionnés.

D'ailleurs, maintenant que j'y pense, tout le monde ne peut pas descendre : Agnès est en fauteuil, et à moins que nous ne la portions… Tiens, mais je n'avais pas pensé à ça !

— Agnès ? Comment est-ce que vous êtes descendue ici ? Vous pensez qu'ils vous ont portée et qu'ils vous ont replacée sur votre fauteuil une fois arrivés dans votre cellule ?

— Possible, pourquoi ?

Je regarde la porte en face de l'ouverture où se trouve le colimaçon. Il y a un petit bouton sur le côté. Comment ai-je pu rater ça ?

J'appuie sur le bouton. La porte s'ouvre automatiquement, dévoilant une cabine d'ascenseur.

— Parce que je pense qu'ils avaient une alternative plus simple à disposition.

Avec quelques coups de roues, Agnès me rejoint et observe l'habitacle. D'un ton moqueur, elle dit :

— C'est bien, ils ont pensé à l'accessibilité, pour leur prison.

— Oui, et ça me donne une idée…

Je me retourne vers le couloir et j'appelle :

— David ?

Celui-ci lève les yeux vers moi, son visage dans l'ombre de sa casquette, interrompant momentanément ses jeux de gamin avec Poena. Il ne prend pas la peine de répondre, mais je comprends que j'ai son attention.

— Qu'est-ce que tu dirais de servir d'appât ?

Il hausse un sourcil.

— Mmh mmh, murmure Agnès. Je vois ce que tu veux faire… Pas con.

— Merci.

— Merci quoi ?

— De reconnaître que c'est pas con.

— Pour une fois que ça t'arrives…

Je soupire. C'est peine perdue avec elle. Je lance à David :

— Voilà ce qu'on va faire : tu vas prendre l'ascenseur pour descendre. Avec un peu de chance, lorsque tu vas arriver en bas, ça détournera suffisamment l'attention de Foulquier et de Jean-Louis. Moi, en attendant, je descends le colimaçon discrètement… s'ils regardent vers l'ascenseur, j'arriverai dans leurs dos. Et si je fais suffisamment peu de bruit, je pourrais en profiter pour chouraver le fusil à Jean-Louis, mettre Foulquier en joue et la forcer à poser son foutu taser.

— Ça fait beaucoup de conditions, remarque Agnès.

— Vous avez mieux en stock ?

Sans attendre l'éventuelle énième engueulade entre Agnès et moi, David se dirige vers l'ascenseur. Il nous gratifie au passage d'une de ses rares répliques :

— D'accord.

— Je viens avec mon copain ! dit joyeusement Poena en lui collant au train.

— Pas question ! s'exclame Agnès. Je ne vais pas envoyer ma petite fille dans une pièce où les bastos risquent de voler !

Je lui fais remarquer :

— Vous aviez moins de scrupules quand c'est vous qui nous accueilliez avec votre fusil.

— Je l'avais dans les mains, réplique Agnès, je maîtrisais la situation.

— Bien sûr…

— JE VEUX ALLER AVEC MON COPAIN ! s'énerve Poena.

— NON ! crie Agnès.

Je m'exclame :

— Arrêtez de gueuler ! Ils vont finir par nous entendre, en bas ! Bon, Agnès, z'avez qu'à y aller, vous, dans l'ascenseur. En plus c'est logique, vu que vous pouvez pas prendre l'escalier…

Elle a l'air prise au dépourvu par ma suggestion. Ça, pour faire des objections à mes plans, y'a du monde, mais alors pour prendre ses responsabilités en conséquence, y'a plus personne !

— Euuuh, murmure-t-elle, oui, pourquoi pas…

— Voilà. Comme ça, David continue de veiller sur votre petite fille en haut, à l'abri des balles. Pas d'objection, Poena ?

— Je reste avec mon copain !

Je ne peux pas m'empêcher de vanner Agnès :

— Ça va ? Vous le prenez pas trop mal que votre petite fille préfère rester avec mon pote qu'elle connaît depuis moins de vingt-quatre heures plutôt qu'avec vous ?

— Non ! dit Poena. Je vais avec mamie.

Mais c'est pas vrai… je me lamente :

— Ah non, hein ! C'est marre, maintenant !

— Poena, fait Agnès, tu vas rester avec le gentil monsieur simplet.

Alors ça, c'est dégueulasse. David est peut-être quasiment muet, mais je suis persuadé qu'il est au moins aussi intelligent qu'Agnès. Voire plus. Bon, j'admets qu'il ne le montre pas beaucoup ; certes, de manière générale, il ne fait jamais preuve d'un grand esprit d'initiative ; d'accord, je l'ai moi-même déjà traité de grosse loque. Mais c'est mon pote, j'ai le droit.

De toute façon, la remarque d'Agnès n'a pas l'air de le bouleverser. C'est à se demander s'il y a quoi que ce soit qui percute dans sa caboche…

Poena accepte de mauvaise grâce de rester avec lui. Agnès entre dans l'ascenseur. Elle me dévisage et me dit :

— Et foire pas tout, hein. Je descends me jeter dans la gueule du loup, là. T'as intérêt à m'en tirer.

— Sinon, c'est vous qui me déboiterez la mâchoire au fusil à pompe, oui, j'ai saisi l'idée.

— Bien. Alors c'est parti.

Je la vois appuyer sur le panneau dans l'ascenseur. Je fais signe à Poena et David de faire aussi peu de bruit que possible, et je m'engouffre dans l'escalier.

C'est horrible : je marche aussi doucement que possible, j'amortis chacun de mes pas comme si une colonie de nouveaux nés étaient prêts à sortir de leurs siestes pour me hurler au visage… et j'ai quand même l'impression que les marches en métal font un boucan du diable. Ça grince, ça fait des « bling », même la barre à laquelle je me tiens couine au moindre de mes mouvements.

Je respire un bon coup et je continue. En bas, j'entends des exclamations. Agnès est arrivée. Ça n'est pas le moment de flancher. C'est ton moment, le moment de prouver que tu n'es pas un boulet, pas un glandu, pas un… pas un mollusque.

Dans l'entrebâillement, en bas, je vois le dos de Jean-Louis. Jusque-là, le plan a marché. Je suis à moins de deux mètres du loustic. Il tient toujours son arme par le canon, le long de son flanc, le regard tourné vers Agnès qui vient de faire son apparition par l'ascenseur. Une telle nonchalance, avec un gugusse comme moi liberté dans le bunker, ça frise l'incompétence.

Je fais un pas hors de la cage d'escalier. Du coin de l'œil, je sens que Gaëlle, Yasmine et Raphaël m'ont vu. Malgré leurs efforts pour feindre l'indifférence, Jean-Louis a capté leur regard. Tout se passe alors en quelques secondes.

Jean-Louis se retourne, me voit et ouvre la bouche pour prévenir Foulquier ; je me jette sur lui, j'attrape son fusil ; Jean-Louis résiste, ne lâche pas ; le fusil oscille entre lui et moi, puis décrit un mouvement impromptu vers le haut ; je prends le bout du canon en plein dans le pif ; de surprise et de douleur, je lâche ; j'ai le nez pété ; je m'écroule.

Merde.

Au sol, je sens mon visage trempé par les larmes et le sang qui jaillit de mes narines. Foulquier s'est retournée aussi et pointe à nouveau son foutu taser vers moi. Je sens venir la deuxième dose, mais c'est sans compter sur Agnès… Agnès, oui ! Prise d'un soudain accès de courage et d'énergie, je la vois littéralement bondir de son fauteuil et fondre sur Foulquier comme un obus. Un obus très ridé et sans doute périmé, mais un obus quand même.

— AAAAAAARRGGHHHH ! s'écrie mamie dans un hurlement guerrier et rageur que je ne l'aurais pas pensée capable d'émettre.

À partir de là, figurons-nous une jolie rangée de dominos : Foulquier, sous le poids d'Agnès qui s'accroche à son dos façon sangsue, trébuche et bascule en avant, en se raccrochant à ce qu'elle peut ; ce qu'elle peut, c'est Jean-Louis, qui à son tour perd l'équilibre, et se vautre sur l'espace à ses pieds ; espace à ses pieds qui est, je le rappelle, occupé par mon propre corps sonné par le coup dans le museau.

Bref. Je me retrouve au dernier étage d'une pile humaine composée d'Agnès, Foulquier, Jean-Louis… et moi-même, donc. Tasé, nez pété, et maintenant écrabouillé, tout ça en moins de quinze minutes : si le karma existe, j'ai dû faire un sacré paquet de conneries pour mériter tout ça.

Brouhaha de gémissements et cris de douleur retentissent. J'en pousse une part. Agnès est remise dans son fauteuil par Raphaël et Yasmine. Jean-Louis et Foulquier se relèvent. Sonnée, elle titube un peu. Elle a toujours son taser à la main. Le fusil, en revanche, a disparu. Une main secoureuse m'aide à me relever. Je titube moi aussi un peu et je reconnais le visage de Gäelle. Dans son autre main, elle tient le fusil que Jean-Louis a dû lâcher dans la cohue. Après s'être assurée que je n'allais pas m'écrouler à nouveau, elle attrape le fusil à deux mains et le braque sur Foulquier.

— Balancez le taser par ici, ordonne-t-elle.

Foulquier a l'air de ravaler une insulte mais obtempère, battue. Ses yeux lancent des éclairs en direction de Jean-Louis, qu'elle blâme visiblement pour leur échec cuisant. Ce qui est un peu gonflé, si on considère que c'est bien elle qui s'est fait surprendre par Agnès… Oui, par Agnès ! Dans la série des surprises de la journée…

Cette dernière est de retour dans son fauteuil. Elle a la respiration lourde, mais le visage satisfait du soldat rentré victorieux de la bataille. Ça, pour sûr, j'avais imaginé un déroulé un chouïa plus glorieux – notamment concernant ma propre pomme –, mais faut admettre que nous avons renversé la situation comme des chefs. Disons que je suis plus doué comme stratège que comme exécutant.

Gaëlle fait signe à Foulquier et Jean-Louis de reculer vers le mur. J'en profite pour m'approcher d'Agnès. Mine de rien, elle m'a très certainement sauvé d'un second choc électrique, en plus d'avoir permis à Gaëlle de récupérer le fusil. Je me penche vers elle et je baragouine un :

— Berci, Agnès.

Elle a l'air sincèrement touchée, et me regarde avec un sourire indulgent :

— De rien, gamin.

Je la vois alors farfouiller dans une de ses poches et me tendre un mouchoir en tissu :

— Tiens, t'es en train de saloper ton beau t-shirt.

— Berci.

Serviable avec ça. Je mouche des caillots de sang pendant un moment, puis je me colle un bout du mouchoir à chaque narine. J'ai un style fou. Pour la gloire, c'était déjà pas ça ; pour la classe du combattant rentrant au bercail, on repassera également.

Quelques pas vers le colimaçon et je lance à voix haute :

— Les enfants ! Vous pouvez descendre ! Le repas est servi.

David et Poena ne se font pas prier et ont vite fait de nous rejoindre. La petite a l'air déçue :

— Bah… l'est où, le goûter ?

Je hausse les épaules en agitant la main vers nos deux prisonniers de guerre :

— Là. J'sais pas si ça a bon goût, mais si tu veux les bouffer, fais-toi plaisir.

— Beurk ! s'exclame-t-elle.

Puis, remarquant tout à coup que le mouchoir ensanglanté qui me pend entre les deux narines, elle ajoute :

— T'as quoi au nez, Mollux ?

— C'est une cravate. Un nouveau genre. C'est une mode récente, laisse tomber, tu connais pas.

— C'est moche.

Ça m'ennuie de l'avouer, mais je peux difficilement la démentir.

— Le maquillage aussi, il est moche, ajoute-t-elle.

— Hein ? Quel maquillage ?

Gaëlle me lance :

— T'as des hématomes autour du nez… le visage un peu violacé, si tu veux. Et ça a l'air de gonfler. Tu sens rien ?

Super. Je ressemble donc à une grosse prune trop mûre qui va éclater et suinte déjà du jus moisi. Je réponds :

— C'est-à-dire que l'ensemble du visage est assez douloureux. Personne n'aurait du paracétamol ?

Évidemment que non. Gaëlle a l'air de considérer mes traits d'esprit comme un signe que je vais suffisamment bien pour ne pas trop s'en inquiéter. Elle se retourne vers Foulquier et Jean-Louis qui gardent le silence contre leur mur, et dit, réfléchissant à voix haute :

— On va peut-être pas les manger… mais il va falloir choisir ce qu'on fait de ces deux-là.

« Ces deux-là » échangent des regards inquiets. Ouaip. Ça va être votre fête, les cocos.

Publié le 10 août 2026 par Gee
60 degrés à l'ombre

Roman d'anticipation autour de personnages fuyant une canicule en plein effondrement de civilisation. Saga de l'été publiée en juillet-août 2026.

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