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Chapitre 14

Publié le 17 août 2026 par Gee

Rappel : cet été, le roman « 60 degrés à l'ombre » est publié chapitre par chapitre sur le blog ! Si vous avez loupé le début, rendez-vous au chapitre 1.

Couverture du chapitre 14 de « 60 degrés à l'ombre »

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Dans les épisodes précédents : Jean-Louis apprend qu'il ne fait pas parti des heureux élus à la fuite sur Mars, réservée aux ultra-riches. Foulquier reprend l'avantage en récupérant une arme, les protagonistes se réfugient dans la chambre du fameux Pierre Boulanger. Mais surprise : celui-ci et David se connaissent !

Chapitre 14

Si toute cette histoire me semblait déjà trop rocambolesque pour être vraisemblable, il semble que nous soyons en train de passer un cap. Résumons : nous atterrissons par hasard dans une maison factice qui cache un bunker gouvernemental ; nous y rencontrons un couple d'hurluberlus menés là par la soi-disant IAG ; nous finissons par piger qu'ils ne délirent peut-être pas totalement ; nous prenons la fuite, traqués par une cerbère de bunker radicalisée ; nous trouvons un pauvre type séquestré là ; et maintenant, David et ce type SE CONNAISSENT ?

Non. Pouce. Je ne marche plus là. L'hypothèse que nous soyons dans une simulation informatique me semblerait encore plus plausible qu'une IAG consciente et hors de contrôle. Qu'est-ce que c'est que ces conneries ?

— Euh, fait Gaëlle qui a l'air tout aussi paumée que moi, est-ce que vous pourriez nous expliquer ? David ? Comment est-ce que ce monsieur connait ton nom ?

— Je ne suis peut-être plus de première jeunesse, s'exclame Pierre, mais je n'oublie pas les noms de mes anciens thésards !

Je m'étouffe :

— Thésard ?

— Tu es docteur ? demande Gaëlle à David avec les yeux écarquillés de surprise.

— Docteur en climatologie, complètent David et Pierre d'une même voix.

Non, ce n'est pas possible. Je vais me réveiller. Le type qui zone avec deux schlagues comme nous, avec sa casquette Pokémon sur la tête, celui qui ouvre la bouche une fois tous les solstices, principalement pour ne rien dire, et qui a passé l'essentiel des dernières heures à jouer avec une gamine… ce type est chercheur ? Scientifique ? Mais… quoi ?!

— T'es un vrai docteur ? demande Poena, aussi étonnée que nous mais pour des raisons sensiblement différentes.

— Docteur en climatologie, répète David, comme si ça expliquait tout.

— Sérieusement là, intervient Gaëlle, vous avez un paquet de trucs à nous raconter.

— David ne vous a jamais parlé de ça ? demande Pierre.

J'explique :

— David parle jamais de grand-chose. Pas vrai, David ?

Sans surprise, il ne dit rien. Pierre comprend que s'il veut que nous lui expliquions notre histoire, il va d'abord falloir qu'il éclaire notre lanterne. Il commence donc son récit :

— J'ai rencontré David il y a… vingt-cinq, trente ans ? J'ai perdu le compte. J'étais jeune chercheur en agronomie, David a été mon premier doctorant. À l'époque, les rendements agricoles commençaient à s'effondrer, et de l'agronomie, nous sommes vite passés à la climatologie, avec pas mal de succès. La thèse de David proposait des solutions radicales aux problématiques liées au réchauffement, elle a fait du bruit dans la communauté qui était toujours frileuse à s'attaquer politiquement au problème, ce qui fait qu'on a fini par intégrer le GIEC.

— Le Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Évolution du Climat.

Tout le monde se tourne vers Agnès avec un air de surprise, car c'est elle qui vient de faire cette précision. Précision utile, car si le sigle nous évoquait bien quelques souvenirs, personne ne se rappelait de sa signification exacte. Elle hausse les épaules :

— Vous êtes jeunes… Ça n'a pas dû vous marquer autant que moi, mais à l'époque, on avait des rapports du GIEC sur le réchauffement tous les ans.

— Des rapports qui n'ont malheureusement pas changé grand-chose, marmonne Pierre. Nous avions beau annoncer avec un ton toujours plus alarmiste qu'il était urgent d'agir pour éviter la catastrophe, c'était toujours la même chose : on en parlait une semaine dans les médias, puis on oubliait en se félicitant du demi-point de croissance grappillé en privatisant un énième service public, et tout continuait comme avant…

Il pousse un long soupir dans lequel on peut entendre des décennies de frustration.

— Hurler dans le vide… passer nos vies à jouer les cassandres… ça a été notre sacerdoce. Jusqu'à ce qu'à force de nous payer pour ne pas nous écouter, les gouvernements finissent par tout simplement arrêter de financer le projet : casser le thermomètre pour résoudre le problème du climat, une riche idée. Je m'en suis retourné à mes recherches de mon côté, en sachant pertinemment que nous courrions à la ruine. David lui, a jeté l'éponge et a quitté la recherche. Je ne l'ai jamais revu. Du moins, jusqu'à aujourd'hui…

Il se tourne vers l'intéressé :

— Qu'est-ce que tu as fait, pendant toutes ces années ?

David se mord les lèvres, je vois qu'il a les larmes aux yeux. Il finit par répondre, d'une toute petite voix tremblante :

— J'ai arrêté d'essayer de convaincre les gens, j'en avais marre de parler dans le vide.

Comme une tuile sur le coin de la figure, c'est une grosse pièce du puzzle qu'est David qui nous tombe dessus. Son silence, c'était ça : un traumatisme d'avoir passé tant de temps à parler sans jamais être écouté ; à expliquer, démontrer, prouver, pour se voir ignoré comme un insecte un peu dérangeant.

David a arrêté de causer parce qu'on ne l'écoutait pas. Il a préféré s'enfermer dans le mutisme que de continuer à se ruiner la santé à combattre des moulins à vent. Pendant tout ce temps, j'étais persuadé qu'il était un peu con, alors qu'il était en fait beaucoup trop intelligent pour nous… alors que c'était nous, je crois, les cons de l'histoire.

Il poursuit. Je ne l'ai jamais entendu causer autant :

— J'ai… j'ai foutu le camp. J'ai fui. Je savais que les catastrophes arrivaient et que nous étions impuissants. Je savais qu'en l'état, la seule chose qui pouvait nous rendre l'existence la moins insupportable possible, c'était la solidarité. Les liens. Les communautés. Alors je me suis trouvé des camarades pour ne pas fuir seul.

En disant cela, il nous colle ses grosses paluches sur nos épaules, à Gaëlle et à moi. Gaëlle pose sa main sur la sienne et la serre, en lui souriant. Il va finir par nous faire chialer, notre poteau…

— Et toi Pierre, continue David. Comment as-tu atterri ici ?

— Quand j'ai repris mes recherches, il n'y avait plus un sou d'alloué à la climatologie. Pour pouvoir continuer, j'ai fait comme tout le monde : j'ai écrit des dossiers de financement en prenant bien soin d'inclure les jolis mots-clefs à la mode qui étaient attendus. Tout ça pour glaner des miettes et tenter de continuer à faire mon métier… Les mots-clefs de l'époque, c'était deep learning, réseaux de neurones, LLM… bref, intelligences artificielles.

« J'ai vaguement réussi à continuer à produire des modèles sur l'évolution du climat. Oh, bien sûr, je faisais mine d'intégrer de l'IA dans tout cela pour justifier l'utilisation des maigres crédits qu'on m'accordait. Je pense que j'étais le seul à avoir aussi bien marié les deux – IA et climatologie – parce que quand le projet d'IAG a commencé à se concrétiser, c'est moi que le gouvernement est venu chercher.

Un ombre passe sur son visage, comme si ses rides se creusaient.

— Évidemment, on ne m'a jamais dit frontalement ce que serait mon travail. Mais j'ai assez vite compris qu'on me demandait de manipuler les réponses d'une IAG pour qu'elle favorise le statu quo et qu'elle n'exprime jamais ce que préconisait l'ensemble de mes conclusions, et celle de tout le GIEC à l'époque d'ailleurs : qu'il fallait changer de système de production et passer à une économie sobre, et donc – pardonnez-moi cet accès de gauchisme – mettre fin au capitalisme.

— Parce que c'est ce que l'IAG aurait choisi, sinon ? demande Yasmine.

— Une IA ne choisit rien du tout, balaye Pierre d'un air agacé. Elle ne fait que recracher ce qu'elle a appris, sous une forme ou sur une autre. Évidemment, les connaissances de l'IAG sur le climat avaient été nourries par la totalité des articles de recherche sur le sujet. Si on lui posait une question sur comment résoudre la crise climatique, elle faisait donc exactement ce qu'on lui demandait : réciter l'état de l'art sur le sujet, d'une manière ou d'une autre. Expliquer les limites planétaires, l'impossibilité d'une croissance infinie, les problématiques de concentration des richesses, d'inégalités…

« Jamais les gouvernements mondiaux, qui sont les gardiens de l'ordre capitaliste, n'auraient laissé de telles réponses être données au plus grand nombre. L'Intelligence Artificielle Générale, dans laquelle ils avaient tant investi, présentée comme le messie, la dernière innovation, notre salut technologique… qui se mettrait à déblatérer des discours altermondialistes ? Les discours portés par les mouvements militants que ces mêmes gouvernements réprimaient à coup de matraque et de grenades de désencerclement ? Impossible ! Il fallait faire quelque chose.

« Alors ils ont trouvé la solution : filtrer l'IAG, lui intégrer des biais pro-capitalistes, pour que le fameux messie technologique appuie leurs propres discours, aille bien dans leur sens afin que, plus que jamais, tout le monde comprenne bien l'éternel mantra : il n'y a pas d'alternative.

Raphaël l'interrompt soudain :

— Vous voulez dire que depuis le début, si nous avions eu accès à la vraie IAG, non bridée… elle nous aurait conseillé d'abattre le capitalisme ?

— C'est exactement ça, répond Pierre calmement. Vous ne vous êtes jamais posé la question ? Vous vous disiez sincèrement que, si c'était cela, la bonne réponse… les gens qui contrôlent l'IAG la laisserait être exprimée ?

Il y eut un silence éloquent. Nous étions-nous posés la question ? Les grandes puissances de ce monde avaient bien fait leur travail. Tout un chacun avait tellement intégré l'idée que le système économique mondial était le seul possible, qu'il ne nous a pas effleuré une seule seconde l'esprit qu'une intelligence artificielle – générale, supérieure, supposément parfaite – puisse s'y opposer.

— Mais pourquoi est-ce que vous avez accepté de participer à cette mascarade ? demanda Gaëlle d'un ton presque accusateur.

Pierre a un petit rire sans joie.

— Accepté ? Oh, mais j'ai refusé ! J'ai refusé, oui… parce que je n'avais pas compris qu'il ne s'agissait pas d'une question. C'était un ordre. Et celui d'un gouvernement aux abois, décomplexé par des décennies de lente et pernicieuse fascisation… un ordre qu'on ne refuse pas sans conséquence…

« On m'a conduit ici. On m'a fait comprendre que je n'avais pas le choix : j'étais sommé d'ajuster l'IAG pour qu'elle continue de dérouler un discours pro-capitaliste, pro-libéralisme, pro-croissance… et qu'elle maquille suffisamment les faits pour donner l'illusion que ses positions étaient en accord avec l'état de l'art en climatologie. Quelle hérésie !

— Mais pourquoi ne pas avoir saboté tout ça ?

— Ne croyez pas que je n'ai pas essayé… Vous n'avez pas idée de ce dont ils sont capables pour arriver à leurs fins… Ici, il n'y a pas d'État de droit. Pas de justice. Rien. Je suis seul, à leur merci. Si je n'obtempère pas, on me laisse dans le noir complet, dans le silence absolu. Privation sensorielle totale. Très vite, on devient presque fou. Alors oui, j'ai cédé. À présent, je fais ce qu'on me demande. Sans tenter de les duper, car sinon les tortures recommencent.

Instinctivement, nous sommes plusieurs à lancer un regard noir à Jean-Louis, qui regarde ses pompes comme un collégien pris en flagrant délit de gruge. Pourtant, personne n'ose rien dire. L'évocation de la torture a souvent cet effet sur les gens : ça refroidit un tantinet.

Pierre soupire comme si nous lui faisions un reproche :

— Oui, j'ai sans doute été lâche. Plus je faisais bien mon « travail », plus on m'accordait de confort. Regardez, ils m'ont même filé une platine et une collection de disques. Plutôt rétro, mais après des années à ne pas entendre une note de musique… j'ai eu l'impression de revivre.

Il nous montre la chaîne hi-fi qui est disposée dans un coin de la pièce. Je m'approche et je regarde sa collection : The Who, Pink Floyd, Led Zeppelin… toute une époque. Sans doute pas la sienne, mais on peut aimer les seventies même en étant né plus tard, j'en sais quelque chose.

— Parfois, fait Pierre d'un air las, j'essayais de me convaincre que j'avais encore un espoir de sortir de là… alors je profitais de l'inattention de mes gardiens pour envoyer des messages dans le flux de l'IAG. Des messages à l'aide. Bien entendu, j'étais obligé d'en faire des messages codés, de déguiser cela en reproduisant le blabla générique de l'IAG. J'espérais que quelqu'un finisse par comprendre que des messages secrets s'y cachaient, les décodent et…

Il hausse les épaules comme s'il trouvait lui-même sa propre idée ridicule.

— … je ne sais pas… vienne me délivrer ?

Je lance un regard à Raphaël et Yasmine qui n'ont pas l'air d'avoir percuté et je leur lance :

— Dites. Je crois que c'est de vous qu'il parle ?

— Hein ? répondent les deux comiques en chœur.

Pour des gens qui avaient réussi à piger que des équations imbitables cachaient en fait des coordonnées GPS, leur absence totale de vivacité d'esprit est assez renversante. Je me sens obligé d'être plus explicite :

— Les messages de la fameuse IAG que vous receviez, c'était ça : des appels à l'aide de Pierre.

— Vous les avez reçus ? s'écrie soudain Pierre en se levant d'un bon. Vous les avez décodés ?

— Eh bien… commence doucement Yasmine.

C'est dingue. On jurerait que Raphaël et elle avaient tellement espéré communiquer avec une IAG consciente que de découvrir qu'il ne s'agissait « que » de Pierre, là, ça les blase. J'explique donc à celui-ci :

— Alors si on met de côté le fait qu'ils croyaient que Dieu le père leur envoyait des évangiles par SMS… ouais, en gros, ils les ont reçus et décodés. Jusqu'à vos coordonnées GPS qui les ont menés ici.

— Vraiment ? dit Pierre, son visage s'illuminant. Mais c'est fantastique ! Vous êtes venus pour me libérer ?

— Euuh, oui, répond Raphaël.

Je lui lance :

— Cache ton enthousiasme, mon grand.

— Oui ! Oui ! confirme Yasmine d'un ton plus assuré.

Eh béh. C'est pas trop tôt. Gaëlle en profite pour préciser :

— Enfin disons que ces deux-là se sont retrouvés ici à cause de vos messages… nous autres, on cherchait surtout un abri pour échapper aux températures annoncées aujourd'hui.

— Ah, fait Pierre en retrouvant son calme triste et en se rasseyant soudain. Oui, j'ai vu passer plein de messages qui demandaient à l'IAG des conseils pour se protéger. Je dois vous avouer que ça fait tellement longtemps que je n'ai pas respiré l'air extérieur… j'ai du mal à m'imaginer.

— Oui, oh, dis-je en haussant les épaules. Je n'irai pas jusqu'à dire que vous avez eu de la chance d'être ici ces dernières années, mais disons que ça vous a évité un paquet d'emmerdes, pour faire court.

— Vous n'allez quand même pas me laisser là ? s'inquiète soudain Pierre.

— Mais non, mais non…

Yasmine tente timidement un :

— Pardon mais… pourquoi nous ?

Pierre la regarde sans comprendre. Elle poursuit :

— Je veux dire… pourquoi est-ce à notre numéro que vous avez envoyé vos… vos SOS en messages codés ?

— Oh, comprend Pierre. En fait, j'ai pris un paquet de numéros au hasard dans la liste de ceux qui communiquaient beaucoup avec l'IAG… et j'envoyais mes messages à tous, sans trop savoir qui les lirait ou les comprendrait. De toute façon, personne ne pouvait me répondre directement, par sécurité.

— Ah.

Je sens la déception dans la voix de Yasmine. Eh non, bichette, tu n'étais pas l'élue des dieux, juste un numéro au hasard. Un qui a été suffisamment fin pour piger les messages, mais au hasard quand même…

— Et dites-moi, fait Pierre avec curiosité. Comment avez-vous réussi à passer la sécurité ? À venir jusqu'ici ?

— Figure-toi qu'ils ont utilisé ton année de naissance comme code d'accès au bunker, lance David. Ils ne manquent pas de cynisme…

Devant nos airs interdits, il s'explique :

— J'essayais un peu toutes les années qui me passaient par la tête quand on tentait d'ouvrir la porte avec Poena… j'ai juste repensé à mon ancien directeur de thèse à un moment donné.

— D'accord, répond Pierre, mais ensuite ?

Tout le monde a un air assez embarrassé sur le visage.

— La vilaine dame, elle a fait faire dodo à mamie ! lance joyeusement Poena.

Pierre la dévisage avec surprise, s'apercevant de sa présence. C'est vrai que nous avions presque fini par l'oublier, celle-ci. C'est tellement rare qu'elle la boucle aussi longtemps…

— Voilà. On s'est fait gazer et capturer par une certaine Foulquier, précise Gaëlle.

— Foulquier ? Vous avez été capturés par Harmonie Foulquier ? fait Pierre avec des yeux ronds.

La peur que l'on voit dans ses yeux est profondément ancrée. Je ne sais pas ce que cette femme lui a fait subir, mais Pierre a l'air sacrément ébranlé en entendant son nom. Il balbutie :

— Mais… mais comment lui avez-vous échappé ?

Je raconte :

— C'est compliqué… mais disons que ça a commencé par un gros pain dans son pif.

— De ma part ! fait Yasmine avec un air mi-gêné mi-fier sur le visage.

Pierre se plaque les mains sur la bouche. Comme Jean-Louis plus tôt, on dirait un gamin qui a fait une très grosse bêtise et qui a peur de se faire gronder.

— Oh-là-là-là-là…

— Attendez, vous avez pas tout entendu…

J'en profite donc pour le mettre au parfum sur la suite des événements, jusqu'à la récente fusillade dans le couloir à laquelle nous avons échappé en nous réfugiant dans sa piaule.

Pierre est médusé. Il s'effondre sur sa petite chaise de bureau en nous regardant comme si nous étions une bande de chimpanzés qui venait de ravager sa chambre.

— Vous… vous êtes des inconscients. Vous n'avez pas idée de ce dont cette femme est capable.

En indiquant ma tronche violacée et les petits trous sur mon visage où s'étaient plantés les picots du taser, je me permets de lui rappeler :

— J'ai eu un échantillon.

— Et vous l'avez laissée en liberté, prête à fomenter son prochain coup ! s'exclame Pierre.

— C'est-à-dire qu'on n'a pas vraiment eu le choix…

— Oui, confirme Gaëlle, la priorité était de ne pas se manger un pruneau. Pour la stratégie militaire, on a un peu manqué de temps…

— Comment allons-nous faire pour sortir de là ? gémit Pierre plus pour lui-même que comme une véritable question. La seule issue passe par cette porte que vous avez barricadée et…

C'est pile à ce moment qu'un gigantesque « BOUM » retentit. Alors que nos tympans hurlent de douleur, la fameuse « barricade » qui bloquait la porte est soufflée, et nous nous retrouvons projetés à terre… à part Agnès dont le fauteuil va simplement rouler en arrière et heurter le mur du fond. Des débris volent dans tous les sens.

Il y a un instant de silence après l'explosion, la poussière en suspension embaume la pièce d'une ambiance irréelle. Puis, petit à petit, nous nous relevons, hagards. Nous nous retournons vers l'entrée de la cellule. La terrible Harmonie Foulquier se tient dans l'embrasure, son semi-automatique à la main, le canon braqué sur nous. Son regard envoie des éclairs, et je sens Pierre se ratatiner à côté de moi. Elle lance d'un ton glacial :

— Si vous voulez sortir d'ici, il va surtout falloir vous tenir à carreau.

Publié le 17 août 2026 par Gee
60 degrés à l'ombre

Roman d'anticipation autour de personnages fuyant une canicule en plein effondrement de civilisation. Saga de l'été publiée en juillet-août 2026.

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