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Chapitre 7

Publié le 23 juillet 2026 par Gee

Rappel : cet été, le roman « 60 degrés à l'ombre » est publié chapitre par chapitre sur le blog ! Si vous avez loupé le début, rendez-vous au chapitre 1.

Couverture du chapitre 7 de « 60 degrés à l'ombre »

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Dans les épisodes précédents : l'inconnu des toilettes, Jean-Louis, refuse de sortir et prétend que le manoir lui appartient. Lorsque le narrateur et Gaëlle sortent dans la fournaise pour vérifier le nom sur la boîte aux lettres, la taille immense du bunker sous la bâtisse leur apparaît soudain…

Chapitre 7

De retour dans le hall, Gaëlle ne perd pas son temps en bavardages : elle fonce vers la porte des toilettes. Les autres y sont toujours attroupés, et je conclus à l'absence d'activité que Jean-Louis n'a toujours pas quitté sa planque.

Gaëlle tambourine à la porte.

— Jean-Louis ? Maintenant, faut sortir.

— Non mais je suis bien là.

— ON S'EN FOUT ! Vous sortez ou on défonce la porte !

Agnès vient positionner son fauteuil à côté de moi et me demande :

— Bah alors ? Vous avez trouvé la boîte aux lettres ? C'était quoi, le nom dessus ?

— Foulquier.

— Ah ! fait Jean-Louis d'un air triomphal à travers la porte. Vous voyez, j'avais raison !

— « H. » Foulquier.

On entendrait presque le visage de Jean-Louis se décomposer. De toute évidence, il avait omis ce détail. Très vite, mais trop tard, il répond maladroitement :

— C'est pour Hélène Foulquier, ma f… ma mère !

— Mais bien sûr, fait Gaëlle, de plus en plus énervée. Et vous avez une carte d'identité qui confirme tout ça ?

— Euuuuh… je l'ai laissée dans mon autre pantalon.

— Autre pantalon qui se trouve où ?

Cette fois, Jean-Louis gémit pour de bon.

— S'il vous plaît, laissez-moi tranquille.

— OUVREZ-MOI CETTE PUTAIN DE PORTE ! hurle Gaëlle en tambourinant de plus belle.

Jean-Louis ne répond plus. Nous l'entendons sangloter. Gaëlle interroge l'assemblée du regard. Personne ne dit rien. Quand Gaëlle est énervée, tout le monde la boucle, en général. Elle se retourne vers la porte et, en prenant son élan, elle envoie son pied de toutes ses forces en plein sur la serrure. La porte des toilettes étant tout aussi fragile que le reste de la maison, elle cède immédiatement, emportant un petit morceau de mur en carton-pâte avec elle.

On entend un « ouf » suivi d'un bruit de chute. Jean-Louis a pris la porte en pleine poire. Celle-ci est maintenant grande ouvert et même à demi-dégondée. À l'intérieur, notre invité surprise est effondré sur le siège des toilettes, les bras en croix, inconscient. Dans la catégorie « bourrine », Gaëlle s'est sans doute un poil surpassée, sur ce coup-là…

Elle se retourne vers nous d'un air blasé.

— Ben quoi ? J'ai ouvert la porte.

Agnès hausse les épaules en jetant un regard au pauvre type assommé sur ses toilettes :

— Franchement, on n'y a pas perdu en qualité de conversation.

— Bon, fait Raphaël en attrapant Jean-Louis par un bras, aidez-moi à le sortir de là.

Nous le choppons à deux et l'entraînons vers le salon où nous le déposons dans un de ces si confortables canapés. Ce simple effort de quelques secondes à peine nous fait dégouliner de sueur. Ai-je déjà précisé qu'il faisait très chaud ?

Jean-Louis a le look typique du quarantenaire bedonnant. Il porte un costard-cravate, ce qui est une hérésie par ces températures… une double-hérésie même, si on prend en considération l'aspect marqueur de classe d'un accoutrement comme ça, dangereux de nos jours. Ses cheveux sont coupés très courts, ce qui permet d'admirer sa calvitie frontale fort avancée. Une bosse commence à enfler dans un des recoins de son large front. Il est grassouillet, l'air bien nourri, un autre signe de richesse en plus du costume…

Nous avons bien l'air fins, là. La seule personne qui aurait pu nous faire avancer est dans les vapes. Ça s'annonce grandiose. Tout le monde se rassoit dans le salon, laissant Jean-Louis seul, allongé sur son canapé. Je soupire :

— Et maintenant ?

— Maintenant, il n'y a plus qu'à attendre qu'il se réveille, répond Raphaël.

— D'accord… mais après, quoi ?

C'est Agnès qui nous sort une de ses idées foireuses :

— On lui colle des taloches jusqu'à ce qu'il nous donne le code !

— Ah oui, carrément ! fait Gaëlle en ouvrant des yeux ronds.

— Carrément.

Mamie est zinzin, on le savait déjà, mais là, on frise la sociopathie. Je lui dis annonce que je suis moyen chaud pour les taloches.

— Pourquoi pas ? Monsieur n'veut pas se salir les mains ?

— Monsieur est pas hyper à l'aise avec la torture, surtout.

La vieille lève les yeux aux ciels comme si j'avais dit une énormité :

— Torture, torture, tout de suite les grands mots…

— Ah bah j'suis pas juriste, mais ouais, taper sur un gugusse jusqu'à ce qu'il révèle un truc qu'il veut pas révéler… ouais, je crois que ça s'appelle de la torture.

— C'est un cas de force majeure !

Je fais mine d'avoir soudain une révélation :

— Aaaah, mais oui, c'est ça ! Dans la Déclaration des Droits de l'Homme, j'avais oublié le passage où c'était marqué qu'en cas d'urgence, on pouvait s'en servir comme PQ.

— La « Déclaration des Droits de l'Homme » ? Tu crois encore aux contes de fées ?

— Dites, mamie… si ça vous excite de vous la jouer Guantanamo, ça vous regarde, mais vous avez qu'à le faire vous-même, hein.

— J'suis le cerveau dans l'histoire, me fait Agnès en reniflant, c'est toi les bras.

— Première nouvelle.

— Et m'appelle pas « mamie », petit con.

— D'accord, vieille peau.

— Empaffé.

— Grognasse.

Gaëlle ne prend même pas le temps de s'interposer, ni personne d'autre d'ailleurs. En réalité, personne ne s'inquiète de voir le ton monter à nouveau entre Agnès et moi, à croire qu'on a déjà installé une sorte de routine. Une routine toxique, mais une routine quand même.

C'est finalement Jean-Louis qui met un terme à notre engueulade en émergeant de son coaltar dans un grognement.

— Ouille… ma tête… qu'est-ce qui…

En ouvrant les yeux, il sursaute et se redresse d'un coup. Honnêtement, ce serait difficile de lui en vouloir, si on considère la tripotée d'hurluberlus qui le déshabillent du regard : Raphaël et ses airs de messie halluciné, Yasmine, tout aussi perchée, Agnès qui est prête à aller chercher la vierge de fer, David, les yeux tellement ailleurs que ç'en serait presque flippant… Y'a guère que Gaëlle et moi qui relevons le niveau. Et encore. Avec ma tronche de déterré et le look punk-piercings de ma comparse, pas sûr que nous soyons hyper rassurants non plus.

Pourtant, rien ni personne n'arrive à la cheville de la pire personne de la pièce. La peste. Le caillou dans la chaussure. Le démon. L'antéchrist.

Poena.

À peine Jean-Louis revenu à lui, elle traverse la pièce en courant et lui saute sur les genoux en scandant :

— CACA ! CACA ! CACA ! HAHAHAHA !

Jean-Louis a un mouvement de recul et hurle de terreur. Le genre de cri qu'on lâcherait en voyant un grizzly nous sauter à la gorge. On pourrait trouver ça comique, mais personnellement, si Poena me faisait un coup de ce genre, il me faudrait un suivi psychologique pour stress post-traumatique. La phase caca-boudin, quand c'est la réincarnation de Belzébuth qui la traverse, c'est flippant.

Au bout de quelques secondes, la gamine se lasse, descend des genoux de Jean-Louis et file dans le couloir en riant à gorge déployée. David la suit. Je ne comprendrais jamais les priorités de ce type.

Je me retourne vers Jean-Louis et je lui dis calmement :

— Vous excuserez l'accueil, on a pas trouvé le chenil pour y ranger la petite.

— Y'a… y'a pas de mal.

— Bon, maintenant, Jean-Louis, ce serait peut-être le moment de nous dire la vérité, non ?

— Je…

Il nous regarde toutes et tous à tour de rôle. Il baragouine quelque chose, mais impossible de distinguer quelque chose.

— Pardon ? fais-je.

— Articule ! aboie Agnès.

Il déglutit avec difficulté, plante ses yeux dans les miens et dit, en tentant de maîtriser des tremblements dans sa voix :

— Je… je n'ai rien à déclarer.

Gaëlle et moi nous regardons, effarés.

— Ah bah v'là autre chose…

— Je n'ai rien à déclarer, répète Jean-Louis d'une voix plus ferme.

— Rien du tout ? demande Raphaël.

— Rien.

Gaëlle se lève et va s'asseoir à côté de Jean-Louis. Celui-ci se décale poliment. Elle prend une voix conciliante et explique :

— Écoutez, Jean-Louis, vos histoires, la raison pour laquelle vous êtes là, le nom sur la boîte aux lettres, tout ça… pour tout vous dire, on s'en tape. Mais si vous connaissez le code de la porte blindée, il faut nous le dire.

— Je n'ai rien à déclarer.

— Jean-Louis… on annonce soixante degrés à l'ombre au plus fort de la journée. Sans ce code, pas moyen de s'abriter. On va finir rôtis.

— Je n'ai rien à déclarer.

— Vous aussi, vous allez finir rôti.

— Je n'ai rien à déclarer.

Gaëlle se retourne vers moi, pensive. Elle me dit :

— Tu sais, j'ai passé des années à répéter ce truc aux flics quand je finissais en garde à vue. « Je n'ai rien à déclarer. » J'avais jamais réalisé à quel point ça devait être chiant, pour eux.

— Et du coup, tu regrettes ?

— Oh non. Mais je pige mieux pourquoi ils finissaient toujours en rogne.

— Je n'ai rien à déclarer, répète à nouveau Jean-Louis.

— Oui bah ça va, on a saisi, lance Agnès, agacée.

La remarque de Gaëlle me fait soudain gamberger. Je lui fais signe de me suivre dans le couloir. Je ne m'en fais pas trop pour Jean-Louis, il est bien gardé : dans le genre Cerbère, mamie se pose là.

Aucune trace de David et Poena dans le couloir, je n'ai pas la moindre idée d'où ils ont pu aller. Je murmure à Gaëlle :

— Dis, j'ai eu une idée. J'arrive pas à savoir si elle est lumineuse ou parfaitement stupide. Tu peux me donner ton avis ?

— Sans vouloir briser tes espoirs, des idées lumineuses, t'en as déjà pas tous les quatre matins quand t'es frais et reposé, alors là…

— D'accord, donc tu veux pas l'entendre, mon idée ?

Elle soupire et dit à contre-cœur :

— Si, vas-y… au point où on en est, j'vais pas faire la difficile.

— OK. Bon, ton histoire de flics là… J'me disais : il se la joue gardé-à-vue butté… et si on jouait aux flics en retour ?

— Pardon ?

— Ben ouais. Genre bon flic, mauvais flic.

Si on pouvait se déboîter les orbites en levant les yeux au ciel, ça ferait longtemps que j'aurais occasionné des fractures oculaires à Gaëlle. Avec une infinie patience, elle me répond :

— À partir du moment où le mec maîtrise déjà le « rien à déclarer », est-ce que ce serait pas un tout petit con de se mettre pile dans le rôle qui est spécifiquement mis hors jeu par cette phrase ? Et puis, franchement, ça a déjà marché ce truc du « bon flic, mauvais flic » ?

— On peut aussi faire mauvais flic, mauvais flic.

— Mauvaise idée, mauvaise idée.

— Alors quoi, on lui fait un massage des épaules ?

— J'en sais rien.

En voyant mon air moqueur, elle renchérit :

— C'est pas parce que j'ai pas d'idée que ça rend la tienne bonne. Des fois, vaut mieux rien faire que faire des conneries.

Dans un timing parfait, un bruit de claque résonne dans le manoir. Gaëlle et moi nous retournons vers la porte d'un salon d'un même mouvement. Je lui demande :

— T'as fait part de ta théorie à Agnès ?

Gaëlle se rue dans le salon, je la suis mollement en soupirant. Je suis las. Je suis si las. Je sais parfaitement ce qu'il se passe : Agnès n'en a fait qu'à sa tête et s'est lancée droit dans le plan torture, et ce malgré mes protestations. Avec ses os en porcelaines et ses muscles périmés, je m'inquiéterais plus pour ses mains que pour les joues de Jean-Louis, mais ça ne rend pas les taloches plus acceptables.

Bon, oui, je sais ce que vous allez dire : moi aussi, j'avais envisagé l'idée de tabasser la vieille, en arrivant. Pour ma défense, elle venait de nous canarder avec un calibre qui a bien failli nous arracher ma tête. Une droite dans la bouille à mamie, ça aurait pas été de la légitime défense à proprement parler, mais ça aurait au minimum été de la légitime attaque.

Alors que Jean-Louis, pardon, mais à part être têtu et utiliser beaucoup trop de mots pour ne rien dire, on ne peut pas dire qu'il nous ait donné des raisons de l'avoiner.

J'entre à nouveau dans le salon et tombe sur un spectacle stupéfiant : Jean-Louis est recroquevillé sur son canapé, la main gauche pressée sur la joue. À côté de lui, Agnès semble évanouie, la tête dans les coussins, les fesses toujours solidement posées sur son fauteuil. Gaëlle est en train de se pencher vers elle. Raphaël et Yasmine sont des meubles. Je demande :

— Qu'est-ce que c'est que ce zbeul ?

— Agnès a frappé Jean-Louis, me dit Yasmine. Mais avec la chaleur et l'effort, je crois qu'elle a fait un malaise.

— Et ça vous serait pas venu à l'idée de la retenir ?

— Elle a été trop rapide.

— On n'a rien vu venir, ajoute Raphaël.

J'ai connu des pots de fleurs plus vivaces.

— Ah ça, les vieilles de quatre-vingts balais, c'est vif comme l'éclair, c'est sûr.

— Tu veux pas venir m'aider au lieu de faire de l'esprit ? me lance Gaëlle.

J'enjambe la table basse et j'attrape le bras gauche d'Agnès tandis que Gaëlle fait de même de l'autre côté. D'un mouvement souple, on la redresse et on la cale dans son fauteuil. Elle est dans les vapes et sa tête retombe sur son épaule, inerte.

Jean-Louis, quant à lui, se remet doucement de ses émotions et semble soulagé de réaliser que son agresseuse est K.O. J'en profite pour lui faire un topo, histoire de détendre l'atmosphère :

— Je vois que vous avez fait la connaissance d'Agnès. Promis, on essaiera de lui faire signer la convention de Genève avant la fin de la canicule. Ah oui, et c'est la mamie de Poena, la gamine qui vous a sauté dessus tout à l'heure. Je sais ce que vous allez dire : quelle famille délicieuse ! J'aurais dû mal à vous donner tort.

— Je… je n'ai rien à…

— Rien à déclarer, ouais ouais. Vous êtes sûr ? Parce que bon, moi je suis sympa, mais Agnès là, elle préfère quand on déclare des trucs. Si vous me déballez ce que vous savez, je pense que je pourrai la contenir, mais sinon… ça se remet vite, ces bestioles. Je sais pas si j'pourrai la retenir, si elle veut vous faire l'autre joue.

Jean-Louis me regarde comme si j'étais un demeuré.

— Vous êtes sérieusement en train de me faire le coup du bon flic, mauvais flic ?

— Je t'avais dit que c'était une idée à la con, me nargue Gaëlle tandis qu'elle évente le visage d'Agnès de la main.

Même pas d'humeur à répondre, je pousse un soupir agacé. Du coin de l'œil, je vois Raphaël lever les yeux au ciel. Ah non mais si même les zigotos de l'IAG commencent à me prendre de haut, je ne réponds plus de rien.

— Dites, je lui fais, au lieu de juger les gens qui essaient vaguement de faire quelque chose, vous voulez pas vous rendre utile ?

— En faisant quoi ?

— En faisant preuve d'initiative, déjà.

— C'est vague.

— Vous pourriez aller chercher de l'eau pour Agnès, lui suggère Gaëlle.

Je confirme cette suggestion avec enthousiasme :

— Voilà ! Bon, moi, spontanément, j'aurais pas forcément pensé à une initiative pour aider notre tortionnaire de service. Après, ça, c'est une question d'affinité.

— J'y vais, dit Yasmine.

Je ne fais pas l'affront à Raphaël de lui faire remarquer que c'est encore sa nana qui se déplace. Le climat étant en train de dérouiller le capitalisme, j'ai deux trois potes féministes qui aimeraient bien qu'il enchaîne avec le patriarcat dans la foulée, mais de toute évidence, c'est pas encore pour demain.

Ah ça… Ça se la raconte moderne, hippie-bobo-mon-cul, l'IAG salvatrice et tout le tintouin, mais quand il s'agit d'aller chercher un verre de flotte à la cuisine, ça envoie toujours bobonne comme un bon vieux cro-magnon.

J'suis peut-être pas un parangon de progressisme, mais au moins, avec Gaëlle, nous nous répartissons les tâches. Et vu nos compétences respectives, c'est plutôt elle qui chasse le bison et moi qui fais la popote. En plus, nous ne nous envoyons même pas en l'air à la fin, c'est dire si nous sommes modernes…

Le temps que je gamberge sur tout ça, Yasmine a apporté son verre d'eau à mamie, et celle-ci, aérée et rafraichie par les soins de Gaëlle, finit par revenir lentement à elle.

— Késseuussééé…

— Doucement mamie, allez pas vous claquer la mâchoire dans la foulée. Vous avez mis un pain à Jean-Louis ? Vous vous souvenez ? Sauf que c'est vous qui avez le plus morflé.

— Pooo…

— Oui, po-la-la, j'vous le fais pas dire.

— Pooo… Poena.

D'accord, elle déraille complétement. Je la regarde droit dans ses yeux, et je lui dis en articulant bien :

— Non, mamie. Moi pas ta petite fille. Mon prénom pas Poena. Mon prénom…

Elle me coupe, retrouvant son souffle :

— J'suis pas encore gaga, grand abruti. Va me chercher ma fille.

De toute évidence, elle va mieux. Quand elle va bien, elle m'insulte, ça m'a tout l'air d'être un bon point de repère. Grand prince, je ne réplique pas : elle a beau me courir sur le haricot, je sais aussi me retenir quand l'adversaire est en position de faiblesse.

Je sors de la pièce en passant à côté de Raphaël qui a toujours ses fesses vissées sur le sol. Quand je pense que je trouvais que David se laissait vivre…

Bon, en parlant de David, où est-il, celui-là ? Où a-t-il emmené la gamine ? Je déambule dans le couloir, je fais toutes les pièces du rez-de-chaussé. En y réfléchissant bien, ça fait un moment qu'on ne m'a pas traité de Mollux… c'est suspect. J'appelle. Je crie le nom de David, celui de Poena. Rien. Je monte à l'étage, rien. Pas un bruit. Notre grand benêt de pote s'est volatilisé, et il a emporté la môme avec lui.

Je redescends. En m'entendant beugler, les autres ont compris. Tout le monde me dévisage avec un air grave sur le visage quand je rentre dans le salon. Agnès est requinquée. Apprendre la disparition de sa petite fille aurait pu la terroriser. Au lieu de ça, elle a un air féroce sur le visage, du genre qu'on a plus l'habitude de voir chez les grands fauves. Elle se tourne lentement vers Jean-Louis, qui n'a pas moufté depuis tout à l'heure, et lui dit :

— Maintenant, je te garantis que tu vas te mettre à table. Si j'ai pas ma petite fille avec moi dans dix minutes, je t'avoine le museau jusqu'à ce que tu dises pardon. Même si je dois en crever.

Publié le 23 juillet 2026 par Gee
60 degrés à l'ombre

Roman d'anticipation autour de personnages fuyant une canicule en plein effondrement de civilisation. Saga de l'été publiée en juillet-août 2026.

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